Vue par Bamalega

Date 11/7/2006 6:00:00 | Sujet : Italia Vostra

Un billet du Paillasson

Les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, chez qui j’avais passé une partie de mes vacances et tous mes jeudis, m’avaient proposé, après leur déménagement de Paris pour la province, de me joindre à leur groupe, une dernière fois, pour un séjour à destination de Rome ; ce voyage me permettait de cumuler dépaysement et adieux. N’ayant jamais quitté la France alors que j’avais treize ans, j’acceptais, enthousiasmée, avec la bénédiction de mes parents d’autant plus que ce pèlerinage avait une portée exceptionnelle car il avait lieu en 1975, année sainte.
Je découvris avec stupéfaction que les sœurs, en déménageant, avaient acquis le précepte de la mixité, interdite jusque là, et emmenaient dans leurs bagages un garçon, un seul et unique, Bruno Champion, seize ans.
Nous partîmes en train et j’eus la mauvaise surprise de voir défiler un paysage qui ne m’était pas inconnu et qui ne me semblait guère différer de celui qui m’entourait quotidiennement. Ma première impression fut une catastrophe, je découvris, stupéfaite, que Rome ne ressemblait en rien à celle de mon Histoire. La déception fût grande et je ne m’explique toujours pas comment, à mon âge, j’avais pu imaginer une autre civilisation que la mienne, moderne et trépidante. Les vestiges que je découvrais semblaient orphelins dans la grande ville et je souffrais de les voir si seuls et si pauvres.
Mais il fallait commencer le circuit touristique car si nous allions tous les jours au Vatican, certainement pour prier (je ne vois pas d’autres raisons), nous passions le reste de notre temps en visites qui me permirent de changer d’avis favorablement. J’acquis très vite la certitude de découvrir un monde exceptionnel
Trente ans se sont écoulés et je n’ai pas besoin d’aller aux tréfonds de ma mémoire pour me souvenir de l’essentiel.
L’immense porte de la basilique Saint Pierre


"La porte principale (1439-1445), en bronze, est l'oeuvre du Filarete, sculpteur florentin. Les seize panneaux de la porte, due à Vico Consorti, constitue une catéchèse sur le thème de la faute et du pardon, en particulier à partir des paraboles évangéliques de la miséricorde. Le Christ y est représenté comme le Sauveur, le Berger, le Maître, et la Porte, selon la parole de l'évangile selon saint Jean :
"Je suis la porte, qui entrera par moi sera sauvé".
Au pied de la porte se trouvent deux inscriptions en latin, l'une rappelant l'ouverture de la porte par Pie XII, l'autre est une prière :
"Que les sources de la grâce divine jaillissent ici en abondance, purifient les âmes de ceux qui entrent, les restaurent en leur donnant la paix divine et les revêtent de la vertu chrétienne".


On nous expliqua que tous les vingt cinq ans, lors de l’année Sainte, les immenses portes de la basilique étaient ouvertes et que nous n’aurions pas de sitôt une occasion de voir cet événement. J’en étais consciente mais lorsque j’appris que nous devrions monter les trois marches et passer la porte à genoux, je fus surtout inquiète d’être ridicule mais je fus rassurée le jour même de voir que nous n’étions pas les seuls à nous astreindre à cette activité.

Le Castel san Angelo


Ebahie par le Castel san Angelo, dont la rondeur impeccable de gâteau du dimanche me transportait, je ne pouvais en détacher les yeux. Mon état d’esprit s’apparentait au vers de Baudelaire La joie calme où s’ébaudissait mon âme.
Non loin de moi, les yeux de Bruno Champion se posaient sur moi avec une régularité de métronome
Je me souviens de la fontaine de Trévi parce que coincée sur une place minuscule mais surtout parce nous y avions rencontré Jacques Dufilho , qu’il nous avait parlé, qu’il était drôle et gentil, que je n’en revenais pas de venir à Rome pour rencontrer un comédien français.
La chapelle Sixtine nous ouvrit aussi ses portes, j’entrai debout et j’en ressortis chancelante. Le plafond peint par Michel Ange était impressionnant au point de compatir aux souffrances endurées pendant ses travaux.


Je mangeais des pâtes tous les jours, de toutes les formes et à toutes les sauces.
Et au milieu de la foule, portée par les italiens aux mains tendus pour tenter de le toucher, je découvris au rythme des cris « Viva el Papa », Paul VI courbé sur une chaise surélevée au dessus de la foule, traverser la place Saint-Pierre en levant la main pour certainement bénir la foule.
Puis il y eu le retour, dans le train Rome-Paris, j’échangeais mon premier baiser et beaucoup d’autres dans les bras de mon champion. Je ne savais pas qu’il fallait venir à Rome avec des religieuses pour embrasser un garçon. Mais je ne risquais rien j’étais passé par la porte sainte.
J’en profite pour donner une recette essayée récemment après avoir vu une photo dans la vitrine d’un magasin.



Salade d’été :
Faites bouillir de l’eau salée, versez y des Farfalle pour l’unique raison qu’avec ce mot prononcé par Massimo Troisi et Maria Grazia Cucinotta dans Le facteur, c’est déjà divin.
Faites cuire le temps indiqué sur le paquet. Egouttez les pâtes, laissez les refroidir ou passez les sous l’eau froide. Mettez les pâtes dans un joli plat, arrosez les d’huile d’olive, jetez nonchalamment quelques tomates coupées, déposez délicatement quelques asperges vertes (en conserve) enfin roulez des tranches de jambon fumé et disposez les sur le dessus.
Régalez vous. J’oubliais, vous pouvez accompagner ce met d’un Lambrusco.

Un billet du Paillasson




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