Vue par Sophie

Date 21/7/2006 10:00:00 | Sujet : Italia Vostra

Bonjour Ron,

Je viens de lire comme chaque jour votre blog (plaisir toujours renouvelé d'ailleurs) et je vois que vous donnez à vos lecteurs la possibilité de raconter qui une anecdote, qui une belle histoire sur l'italie.

J'en ai une de petite histoire à propos de l'italie... si vous le voulez bien je vais vous la narrer (j'aime bien ce terme désuet).

J'avais 13 ans et mes parents étaient au bord du divorce. Mon père avait prévu un voyage en italie pour tenter de recoller les morceaux, s'engueuler hors de portée des oreilles des enfants ou simplement découvrir enfin le berceau de la civilisation romaine...
Seulement ma mère ne l'entendait pas de cette oreille : comment ? partir trois jours avec son futur ex-mari alors que son amant n'attendait que cette occasion pour lui faire vivre des journées de rêve ? impossible.
Elle décida donc d'envoyer mari et fille cadette ensemble pour ce périple, prétextant une migraine pas possible et requérant la présence de fille aînée chérie de son père auprès d'elle comme alibi inattaquable.
"j'ai besoin d'elle pour me tenir compagnie - lui dit la perfide - mais prend la cadette elle sera ravie".
Pas ravie du tout la cadette ! oh non ! mes rapports avec mon père se limitaient à l'époque à une engueulade par mois quand arrivait mon bulletin.
Nous voilà donc partis tous les deux, un peu gênés d'être ensemble, ne sachant pas trop quoi se raconter. Voyage ubuesque entre canicule et tempête de neige et hop ! l'italie !
Mon père avait réservé dans un petit hôtel en pension complète. On y prenait donc tous nos repas. Le hasard nous avait placé à côté d'un vieil italien silencieux dont la femme non moins silencieuse restait debout derrière lui pour le servir. Immédiatement mon père commença à se moquer en bon français qu'il était.
"tu as vu ce con ? non mais regarde-le ! il se fait servir par sa bonne femme le nul !"
Puis se tournant vers le vieil homme il rajoutait à haute voix en lui souriant " ah oui ça tu as bien l'air d'un con hein ? mais oui mais oui tu peux être fier !".
Pendant trois jours matin midi et soir, il villipanda ce monsieur qui n'avait d'autre tort que d'être italien, pas tout jeune et visiblement très macho. Tous les noms d'oiseaux y passèrent... crétin, imbécile, pauvre chose, non mais tu as vu ? regarde-le ce vieux machin....
Horriblement gênée comme peuvent l'être les tout jeunes gens, je lui disais de parler moins fort, de se méfier, on ne sait jamais... il comprenait peut-être le français. Surtout qu'au cours de nos visites à Milan, Lugano et autres villes du Nord, j'avais bien vu que les italiens parlaient très souvent notre langue à la perfection.
Mais non rien à faire. Mon père continuait à commenter à voix haute tout ce que faisait notre infortuné voisin. Jusqu'au dernier soir....
On commençait le repas par un plat de pâtes. Or sur notre table manquait le parmesan dont mon père arrosait généreusement toutes les sauces.. mais il ne manquait pas sur la table de notre vieux voisin.
"Merde - me dit mon père ennuyé - pas de parmesan mais le vieux con en a...."
"ben demande lui !"
Mon père se tourna donc vers le vieux monsieur et dans un italien d'opérette plus proche de l'espagnol lui demanda donc la précieuse denrée. Que lui tendit le vieux monsieur avec un grand sourire.
"Merci" dit mon père étourdiment en français.
"je vous en prie c'est un plaisir" répondit le vieux monsieur toujours très souriant...
Ca a été mon plus beau fou rire. J'ai recraché mes pâtes dans mon assiette en hoquetant et tendant un doigt vengeur vers l'auteur de mes jours je lui ai assené plein de "bien fait" moqueurs.
Rouge. Il était rouge mon pauvre père, ne sachant plus où se mettre et comprenant trop tard que cet homme avait écouté avec délectation ses élucubrations de franchouillard moyen pendant trois longs jours... et Dieu sait qu'il en avait dit !
Alors il a eu un geste magnifique. Il s'est levé, est allé vers le vieux monsieur et lui a dit "je serais honoré que vous veniez à notre table votre épouse et vous pour boire en notre compagnie une bouteille de champagne". vendue au prix de l'or en barre en Italie.
La fin de soirée fut délicieuse. Le vieux monsieur était professeur d'université et nous raconta moult anecdotes sur son métier, l'italie, les italiens. Il était délicieux, charmant, spirituel et très intéressant.
Plus jamais mon père ne dit un mot plus haut que l'autre à l'étranger... depuis il se contente de regards entendus. Mais chaque fois que nous rencontrons lui et moi ce même type de personne, qui commente à voix haute se pensant en toute impunité, il se tourne vers moi et me dit "tu te souviens de l'italie ?" et nous recommençons à rire comme deux bossus.

voilà ma petite anecdote ! elle est bien banale mais elle me fait toujours sourire quand j'y pense.
Je vous souhaite une très bonne journée et j'espère avoir encore longtemps le plaisir de vous lire.

Sophie.


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