Vue par Triton

Date 28/7/2006 6:00:00 | Sujet : Italia Vostra

Ceci est un billet de Triton

Whaou! Ron qui m'envoie un mail à moi, damned! J'aurais croisé Cindy
Crawford sur le bord de la piscine, ça m'aurait pas fait plus d'effet. Et
Donc, c'est pourquoi? L'Italie... L'Ita-quoi? Mais j'y connais rien à
L’Italie, je parle pas l'Italien, qui est la langue de l'Italie; j'ai
Jamais couché avec un Italien, qui est l'habitant de l'Italie (ou
Peut-être avec une moitié de quart d'origine italienne mais je pense pas
Que ça compte). Et j'y ai jamais fichu les pieds en vacances, en Italie,
qui est... enfin bon, voilà quoi.

Alors, il y a bien cette escale en Italie (je crois qu'y à un truc qu'il
faut mettre "Italie" assez souvent: c'est pour google). Cette unique
escale, de deux jours, dans le golfe de Gênes. Enfin, cette escale,
c'était tout de même pendant mon tout premier embarquement d'élève
Officier! Sur mon tout premier bateau! (Regard rêveur, suspendu une minute
au moins, le temps qu'une petite gêne s'installe)

Et en prime, elle prenait -même au coeur d'un hiver particulièrement
piquant- une saveur d'exotisme qui ne pouvait tenir en bouche que parce
que pendant un mois déjà j'avais écumé la Méditerranée en ligne entre deux
ports, dont l'un sentais très fort la solitude et le gaz et l'autre...
l'autre de toute manière c'était une enceinte militaire que tu poses pas
le pied sur le quai le monsieur il a dit (et le monsieur a d'autant plus
d'autorité que son machin c'est un vrai).

L'escale inopinée du coté de La Spezia donc, est arrivée comme une bouffé
d'air frais qu'on respire à pleins poumons et d'autant plus qu'ici, ça
sent bon. Nous avions deux jours. Inutile de préciser qu'il s'agissait de
deux jours où je ne devais me repointer sur le bateau qu'avec une vraie
bonne raison ou bien pour dormir un peu.

Alors j'ai découvert l'Italie. Un endroit incroyable où tout le monde
portait d'énormes lunettes de soleil même sans soleil mais ça avait une
classe phénoménale. Un endroit où le chocolat en terrasse est tout petit
mais complètement à pleurer et le sucre il descend pas dans le fond...
densité qu'ils appellent ça. Et un endroit où en bon élève sorti par mes
supérieur je n'apprenais qu'à baragouiner un truc du genre "Due birre per
favor".

C'était l'époque où les lieutenants refilaient la cagnotte à n'importe qui
de libre pour m'accompagner et la consigne: "tu bourres la gueule au
zef!". Pas bien difficile en somme puisque ma première cuite n'avait pas
l'âge du dernier Beaujolais. Voyez un peu l'image que je donne de la
marine. Mais parfois on est des gens sérieux.

Le soir de l'escale, après une visite non exhaustive de Porto Venere où
venait nager les poètes anglais, nous avons forcément terminé dans un
troquet du centre de La Spezia. Le soleil se couche tôt en ces saisons et
latitudes, le latin un peu moins, ce qui permet de maintenir l'ambiance.
Au bout d'un nombre affreux de chopes, un lieutenant nous quitte, moi et
l'élève assez plus ancien que moi pour détenir un ascendant, avec
évidemment la rituelle somme nécessaire pour m'achever malgré mes
(faibles) protestations.

Je n'aime pas vraiment la bière. C'est un peu amère et bien que ça pétille
comme le Sprite qui coule dans mes veines, il lui manque la douceur et le
taux de colorants d'un bon verre de Tang® fait maison. La bière donc, je
ne commence à l'apprécier qu'après le premier litre, lorsque les
informations remontant de mes papilles gustatives s'égarent sur le chemin
cérébral quelque part du coté d'un gros orteil. Et c'est en général à ce
moment que ma vessie, elle, me signale de façon pressante que mon gros
orteil est plein et qu'il va falloir faire quelque chose, et vite donc.
C'est aussi le moment que choisit la tenancière pour refaire la propreté
de ses lieux d'aisance ce qui, moi, me mets pas à l'aise du tout.

Vous sentez comme la pression monte?! (je parle de celle du récit, merci)
C'est un truc dans les histoires pour accrocher le lecteur quand il va se
passer quelque chose. Alors, bon, moi je maîtrise pas ça comme un pro, il
me faudrait peut-être une bande son un peu stressante comme dans un bon
nanard hollywoodien. hum, hum... violons et tout.

Au bout de deux tentatives plus ou moins claudiquantes pour expliquer à la
dame que je flirte avec l'urgence catastrophique Defcon 5 et elle: deux
flopées de gestes en Italien (incompréhensibles donc) désignants
alternativement le balais qui bloque l'entrée du lieu brillant d'humidité
et une pendule à aiguille dont l'heure (en Italien encore) ne me disais
plus grand chose, je décidais dans un éclair de fulgurance éthylique
d'aller pisser dehors.

La nuit était belle et sans doute étoilée. Il y avait malgré l'heure
avancée pas mal de monde dehors, mais je serais incapable de me souvenir
s'il s'agissait d'un week-end. C'était décidément l'endroit où venir se
planter en bonne compagnie pour penser à des choses romantiques, le
romantique froid de l'hiver qui est presque aussi fort que celui de l'été
mais un peu plus dur à dégotter (pis on est des marins, enfin).

J'étais jeune et innocent alors. Je ne savais pas encore que j'obéissais à
une sorte de réflexe inné qui consiste à sortir d'un bar enivré et dans
une suite logique à uriner au plus loin dans leurs propres pots à
géraniums. Non, rouge jusqu'aux oreilles et tirant des bords, je cherchais
un morceau de rue discrète où enfin me soulager, hors de vue des terrasses
animées.

Mal m'en pris, car il ne fallu pas plus de deux intersection pour que je
me trouve en vue de... mon Commandant. J'étais pas ivre au point de le
héler (pas con, le gars). J'étais juste assez clair pour me dire que non,
ce serait pas la classe si je le croisais dans cet état, décidément. Mais,
lui, qui cherchait son chemin, à tout de même décidé de se retourner.
Image un peu surfaite de moi frôlant le caniveau et regardant partout sauf
ailleurs et de lui marchant au milieu de la chaussé, se retournant pour me
tomber dessus parce qu'évidemment juste à cet instant il n'y a plus que
nous deux dans la rue. Si il dégaine en disant un truc de cowboy, moi, je
pleure.

Je lui bafouille alors, que tient, ben c'est une chance et que bien le
bonsoir, et puis on prenait un (un) verre à coté, et comme on l'a aperçu
tout ça. "C'est une chance!" qu'il me dit aussi et de me proposer de nous
en offrir un (encore un) autre, de verre. Et moi de pas oser lui dire que
j'erre dans la rue pour pisser un coup (retenue stoïque) et de le ramener
(à chaque embranchement la version du "on vous a entrevu" en prend un
coup), de le ramener, donc, dans le fond de la taverne où, bienveillant,
mon collègue m'attend, avec déjà une chope neuve sur la table; et moi j'en
pleure, mais c'est un over-flow.

Le temps de ma promenade aura au moins laissé aux toilettes le temps de se
sécher (soulagement visible. niveau de crédibilité en chute libre).

Ma réputation était faite foutu. La suite de mon escale n'est
de toute manière qu'un flou brouillard ponctué d'injonction lorsque
j'attaque les rues à reculons ou que les poubelles me bousculent. Il a
fallu en plus retrouver le vieux juste avant de rembarquer (état: tout
pareil quatre chopes plus loin quoi) et qui tient à nous faire goûter un
peu de Grappa avant de repartir... ben tient!

Et voilà, (ah! la marine!) mon (unique (ou presque)) souvenir d'Italie.
Ah si! J'ai mangé des pâtes et aussi un tiramisu, mais entre nous ma mère
le fait mieux (j'ai jamais posté la recette du tiramisu? damned, je m'y
mets tout de suite qu'elle soit prête pour le spécial Italie!).

This is Triton Corsaire, out.

_Bon voilà.
_Quoi! C'est ça pour toi l'Italie, un vieux souvenir miteux! Dans Des
Racines et des Ailes
, ils...
_Oui, ben dans machin, ils ont des moyens, merde! Alors j'allais
pas louer le Palais Grassi pour écrire mon billet non plus!
_N'empêche une histoire de beuverie, c'est faiblard...
_On est marin et on s'offre les souvenirs qu'on peut. Mais si y faut je
vous raconte une blague: t'as déjà entendu celle du vieux et de la
charrue?
_Ouais, je connais la même avec un Rabbin...
_pffffff



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