Milano par Oli

Date 30/7/2006 6:00:00 | Sujet : Italia Vostra

Un billet d'Oli.

Quand on va à Milan, c'est rarement pour le tourisme. D'ailleurs, on se rend vite compte qu'il n'y a pas grand chose à visiter là-bas: même les guides de voyage n'y consacrent que quelques pages. Quand on va à Milan, c'est pour le boulot. Pour y faire ce qu'y font les Milanais, travailler et faire du shopping.

Quand on arrive à Milan, on en a la même impression que de ces villes industrielles qui ont mis du temps à comprendre l'intérêt du ravalement de façade: Grenoble, Charleville,... La navette de l'aéroport fait tous les quartiers ouest les plus miteux avant d'arriver en centre ville, à la gare centrale. Et c'est alors qu'on peut découvrir un deuxième aspect antisex de la ville: l'architecture cubes-de-béton. On se croirait à Rotterdam ou au Havre. Superbe. D’ailleurs, la skyline est trop bordélique pour rappeler les belles villes du sud, Lisbonne, Toulouse ou Florence.



Quand on veut manger à Milan, le premier jour, c'est souvent un dimanche qu'on arrive, donc c'est souvent la galère pour trouver un restau ouvert. On n'a plus qu'à bouffer au McDo ou fluncher à la cafétéria de la piazza Cavour. Saletés de pratiquants !

Quand on veut se déplacer à Milan, on découvre des tramways dont Bucarest ne voudrait plus - les oranges aux banquettes en bois -, des automobilistes qui anticipent le passage au vert du feu tricolore (mais pas le passage au rouge, étrangement), et un métro sale, super bruyant, aux passages irréguliers, et pour lequel le premier achat de billet relève du bizutage.

Et quand on veut dormir à Milan, on découvre que l'hôtel a au moins une étoile de trop au compteur, des prix à la gueule du client, et que la chasse d'eau est un robinet qu'on ouvre plus ou moins longtemps pour tout nettoyer.

Et pourtant, quand on reste à Milan, c'est là qu'on découvre pourquoi les gens y restent.

A Milan, vous avez des trattorie sublimes, où on vous accueille avec l'apéritif et les amuse-bouche en verrine comme dans les restaux classes français , où vous vous demandez où est l'arnaque (y'en a pas), et où vous mangez comme un dieu pour 20 euros. Les cafés vous proposent des cocktails à 7 euros vous donnant droit de boustifailler au buffet à tapas, à remplir des assiettes de penne, de pomodoro-mozzarella, d'omelettes aux épinards, de lasagne, d'endives farcies et de tout plein de trucs en vous demandant où est l'arnaque (y'en a pas). Et pour les pressés, des panini carrément meilleurs qu'à Rome (aucun rapport avec ceux de chez nous), des tout craquants-moelleux, qui dégoulinent de fromage sur la tranche d'aubergine et de roquette.

A Milan, y'a des fashionistas comme partout ailleurs. Lunettes couvrant la moitié du visage, coiffure de footballeur allemand anémique, jeans montrant l'absence ou l'opulence des fesses, chemise à l'échancrure malvenue et t-shirt moulant bien le dernier repas chez la mamma. Mais si on les ignore, on trouve aussi, en cherchant bien, ces ragazzi habillés chez Armani (Emporio, pas Jeans évidemment), ces donne de chez Versace. Et en allant voir les vitrines des frères Prada galerie Victor-Emmanuel II, on découvre le costard dont on a toujours rêvé, la perfection absolue, à un prix fixé exprès pour que ça reste un rêve. En même temps, les gens sont habillés dans tous les genres ici. Mais quoi qu'il arrive, ils sont "habillés". Mêmes les pas gâtés par la nature font un effort. J’ai vu des laiderons verruqueux s’habiller sexy. Prendre son temps pour choisir ses fringues, c'est une première psychothérapie.



Et puis on passe devant les manifestants communistes qui veulent abolir le patronat, devant les tags « Razi Raus » (Ratzinger, le Benoît XVI), et on se souvient qu’ici, même l’archevêque est plutôt pour le préservatif.

En se baladant dans les rues de Milan, on passe devant des églises ne payant pas de mine, où on découvre à l'intérieur les premiers temples chrétiens de la région, le cadavre bien présenté de Saint-Ambroise (un bon millier d'années au compteur et toutes ses dents...), et des décors d'où on s'attend à voir surgir Audrey Tautou et l'Albinos.

Puis plus en périphérie, ce sont ces cités ouvrières, des petites maisons aux murs jaunes où vivaient les ouvriers de chez Pirelli, avec leur balcon aux colonnades épaisses où Giulietta aurait pu écouter Romeo, des frises florales rococo qui parcourent le haut des murs sous les toits, des petits jardins de laurier ou d'oranger, et, on le devine, la mamma qui prépare à manger pour tutta la famiglia. Y a qu'à Lisbonne que j'avais eu cette même impression pittoresque.

Alors on comprend que Milan n'a pas fait beaucoup d'efforts pour le touriste. Mais que c'est une ville qui est faite pour que ses habitants puissent y manger, y faire leur défilé de mode pour eux-mêmes, y chatter dans la rue pendant le pranzo ou la cena, y passer leur vie tout simplement. C'est une ville pour ceux qui y vivent, pas ceux qui y vont. Une ville qui se vit, pas une ville d’exposition. La seule ville où il est impossible de ne pas plonger, de se retrouver Milanais en un rien de temps, invité partout à manger une pizza ou se faire des tapas dans un petit bar du quartier. La seule ville qui me fasse ça.

Milano, ti amo.

Ce texte a été écrit un soir de coupure de courant à l’hôtel. Dans la capitale économique du pays. Evidemment.


Un billet d'Oli.



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