Cernés

Date 27/10/2006 17:50:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Couché à deux heures, relevé à quatre, réveil à six.
Enchaîner les patients (sept)
Répondre aux sms, aux coups de fils, aux demandes diverses et incongrues.
Manger seul au McDo de Noisy le Grand.
Aller au bureau, guetter les collègues. En parler, forcément, à mots couverts. Etre le vrai moi, laisser parler les gens, routine, travailler pour de l'argent et non pour soi.
Répondre cent fois à la question "Non, personne ne m'en a parlé, ouf".
Et...au téléphone avec Matoo en bas de l'immeuble abimé, racontant les petits secrets du plateau, se faire dépasser par une jeune patiente en fauteuil roulant que je connais comme ça, sans plus, une qui n'a pas une vie facile...Une que j'avais jugé, ouais.

Elle rougit, s'enfuit presque :
- Je vous ai vu hier soir à la télé ! Vous avez un blog !
- Hein ? Mais non, mais non.
- Oh si, je vous ai vu. Mais je vous connais en vrai, moi, c'est mieux en vrai qu'à la télé. Vous déconnez tout le temps, en vrai.
- C'était pas moi.
- Si.

Le fauteuil électrique file vers la rampe.

De toutes les personnes, de tous les patients, connard aveuglé de préjugé que je suis, jamais je n'aurai pensé à elle. La femme du médecin, ce matin, qui fait traîner le Télérama, le cadre de midi, qui parle Opéra. Ils auraient du me voir, eux, j'aurai fait mon intéressant, moi, je suis tellement cool sans me forcer, quel con je suis, avec mes certitudes.

Je suis revenu à la voiture et, je ne sais pas pourquoi, j'ai craqué.
C'est la première fois de ma vie que je fais un truc qui me plaît vraiment. J'écris. C'est tout con, je sais. Je gagne rien avec mais je m'en fous, j'écris. Je sais pas comment le dire, juste ça me plaît, ça me fait presque mal tellement j'aurai peur de plus savoir écrire, je peux renoncer à tout mais pas à ça. J'écris. J'ai encore besoin de parler un peu d'hier (Cyril aussi, visiblement) et je le ferai une dernière fois, cette semaine. Il s'est passé quelque chose, hier soir. J'ai compris que j'avais le droit de parler. Je ne l'avais pas réalisé avant et je passais mon temps à m'excuser d'être là, à m'excuser d'avoir signé, à me justifier, je pensais avoir volé la place de quelqu'un.

Je vais défendre mon livre, je crois qu'il en vaut la peine. Croyez-le ou pas, avant hier soir, je n'en étais pas convaincu.


Merci Johanne.


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