Dans la bouche.

Date 25/9/2006 6:00:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Durant ma semaine de vacances, voici quelques billets que vous avez du sûrement oublier. Vous pouvez aussi aller lire Mademoiselle Coco, aujourd'hui.

Je déteste les agrumes, il parait que c’est un goût d’adulte, d’aimer les agrumes, qu’un enfant ne mange pas naturellement d’amer ou d’acide, ni ne boit d’alcool.
Je déteste les pamplemousses, le citron vert et le Schweppes Lemon, les endives (beurk beurk beurk).
Le pire, ce sont les bonbons « bouteilles de coca », pas les lisses, non les « granuleux », qui me font mal au fond de la bouche, crisper les yeux et faire la grimace. Je ne comprends pas que des gamins aiment ça.

Une fois, la grosse Huguette, la cantinière, m’avait forcé à manger des endives au jambon, et j’avais failli mourir, tellement c’était mauvais, j’essayais désespérément de tergiverser, je mangeais le jambon, le gruyère râpé, un bout minuscule de l’endive, mais rien à faire, le reste ne passait pas.

Les autres gamins sortaient tous du réfectoire, et moi je restais avec Huguette, qui me soufflait comme un bœuf dans le cou pour que je finisse tout… Je hurlais tellement que mon instituteur inquiet était venu voir ce qui se passait, et ce mec était humain, indéniablement, il lui avait demandé d'arrêter de me forcer.

Elle l’avait regardé d’un œil torve et lui avait dit :
- Un homme qui n’aime pas les endives, ce n’est pas quelqu’un d’ici, c’est quelqu’un de la ville, forcément.

(Il me l’a raconté des années plus tard à son mariage)

Le boudin, je trouve que ça sent la merde. Je pourrais l’écrire mieux, le tourner plus poétiquement, faire une allusion à un truc, mais non, je l’écris noir sur blanc, pour moi, le boudin, ça sent la merde.

Les abats, c’est pareil, mais je crois que le pire de tous, c’est La Langue De Bœuf.
Déjà, d’aspect, ça me fait peur, on dirait une éruption d’acné sur une face lunaire éclairée par un projecteur marronnasse, et souvent, c’est pas l’orange des carottes vichy qui va la mettre en valeur.
Ca fait années 70 à mort une langue de bœuf / carotte vichy, je trouve. Vous voulez connaître mon dernier vrai trauma ? Le mois passé, La Marmotte m'a révélé dans la même conversation que
1) La langue de boeuf était vraiment une vraie langue d'un vrai boeuf. Je croyais que c'était juste une expression, comme les cuisses de grenouilles. Deuxième surprise, j'apprends que les cuisses de grenouilles sont aussi de vraies cuisses de vraies grenouilles. Qu'on mange. Dans la bouche. Mais ça va bien, les gens ?? Qui AIME ça ??
2) La Marmotte m'a cuisiné un steack de cheval samedi dernier, avec des légumes. J'ai du me cramponner à la table pour ne pas défaillir. Il sourie :
- Ne fais pas ta chochotte, tu as adoré !
- Mais tu m'avais pas dit que c'était du cheval, jamais j'en aurais mangé, malheur, du cheval... Comment as-tu osé ?
- C'était délicieux.

Désormais, je renifle tous les plats.


Photo de langue de boeuf. Plus jamais vous n'en mangerez.

J’ai d’anciennes amours aussi, dont je ne veux plus entendre parler maintenant.

* Le saucisson, beurk beurk beurk (le rouge, ça passerait encore, mais les taches blanches, je ne veux même pas savoir ce que c’est)

* Les escargots qu’il faut aller chercher avec un cure-dents dans la coquille, c’est une superbe allusion, je trouve, à l’index allant dénicher une louloute dans un nez encombré pour la coller sous le siège de la R21.

* Le foie gras servi sur ses deux tranches de salade plastifiées, Labeyrie mon cul, ils le font en Pologne, et ils tranchent le bec du canard pour je ne sais plus quelle raison. Pis le foie gras, ça me fait penser aux dimanches de mon enfance, j’en mangeais tous les week-ends, ça coulait presque gratuitement du robinet dans la région, saturation totale.

* La purée mélangée à du jus de viande, là je dis attention, si jamais un jour vous m’invitez à manger une purée, je demande expressément deux assiettes, la purée d’un côté et la viande à part, je ne supporte plus de voir le jus mélangé, ça me donne envie de rendre, rien que l’idée. Le nombre de gens qui me tapent un scandale parce que je demande deux assiettes, incroyable. Mais vous n’avez pas encore compris qu’un couple avec lave-vaisselle tient 18 mois de plus qu’un couple sans ? Contestez pas, c’est des stats Européennes.

• Hyper pratique le coup des stats Européennes, plus gros comme mensonge, y’a pas, et ça fait taire n’importe qui, dit sur un ton docte *



Je suis désormais séduit par des produits que je croyais réservés aux grandes personnes, et à mon grand étonnement, j’en redemande même deux fois :


* Le rouge qui tâche, mhuum, avec du roquefort et du pain de campagne.

* Le jambon de Bayonne, le Lomo, la charcuterie rouge en général, avec raclette fondue ou pas, mais rien que pour le plaisir à 18h30, avant le repas, en regardant le journal de France 3.

* Les huîtres, surtout quand c’est mon grand-père qui fait la sauce, un mélange savant échalote-vinaigre balsamique, oh punaise.

* Le chevreuil, que tu mastiques avec précaution, pour ne pas ruiner un bridge à 2000 euros sur un plomb mal placé. Oui, ça se tue encore à la carabine, incroyable.

* Le mille-feuilles, que je détestais petit, et qui me semble plus réconfortant qu’un Prozac, un soir de grosse déprime, surtout accompagné d’un petit verre de blanc.
La mâche et la frisée, qui d’après mon père sont des « couillonnades pour bonne femme et lapin ».

* Le Cumin, dont je saupoudre mes haricots blancs, et que je pourrais offrir en cadeau au Pape, si par hasard il venait à passer. Pourquoi ? Pour le plaisir de dire "cul" au Pape, c’est tout.

* Les Ortolans, qu'on déguste dans ma région planqué sous une serviette à carreaux et dont les os craquent sous la dent. C'est interdit à la vente et c'est deux fois plus meilleur à cause de ça, je crois.


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