99 Loufeballounes

Date 17/11/2006 6:00:00 | Sujet : Histoire d'en rire

Bien sûr, je ne parle pas un mot d’allemand mais la perspective d’habiter en Suisse me semblait tellement amusante que je sautai sur l’occasion dès qu’elle se présenta. Nous déménageâmes, grand appart’ moderne et sans âme, à deux pas des frontières allemande, française et suisse.

Un jour où je partais (oh, la deuxième semaine, grand maximum) faire un tour de vadrouille musardière dans ma belle Golf (j’adore me perdre) sans carte ni téléphone portable, je pris ma première leçon d’allemand. Et j’appris deux nouveaux mots.

A l’entrée du parking central de Bâle, à l’arrêt devant la guitoune automatique qui délivre les billets, j’attendais depuis une bonne minute que le mien sorte mais rien ne venait, rien. On s’énerve derrière moi, on klaxonne à la suisse (avec honte mais précision) et une bonne âme se décide enfin à sortir de son véhicule pour venir aider le Frouze immatriculé 68, haussant ses gauloises épaules devant l’énigmatique engin.
(Fort Accent Suisse)
- Mo-ssieur ? Vous n’êtes pas sans sa-voir qu’il y a une lon-gue file de véhicules dési-rant en-trer dans le par-king. Si vous avez un problème tech-nique, je vous suggère de clapoter sur le natel pour appeler la dépanneuse.
- Pas du tout, pas du tout, j’attends que le ticket sorte.
- Ah oui mais là y’a écrit Drücken sur le bouton.
- Drücken, c’est pour appeler le monsieur en cas de problème ?
- Non, Drücken, ça veut dire « appuyer ». Allez-y, appuyez.

Avec méfiance, mon doigt pressa le bouton qui, magiquement, déclencha une suissesse réaction en chaîne aboutissant à l’impression d’un ticket. Quel pays, quelle efficacité !

Après avoir garé la voiture, je constatai que le même mot était inscrit sur toutes les portes, ce qui valida en un instant l’apprentissage de mon premier mot d’Allemand. Drücken ! Pousser ! Par ma foi! il y a plus de trente ans que je pousse des portes sans que j'en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela, monsieur, aurais-je pu Jourdainement dire à cet aimable Autochtone. Drücken ! Quelle langue admirable !

En repartant deux heures après (délesté de 26 euros, les Suisses vendant l’heure de parking au prix de la truffe Lenôtre à la liqueur), me voilà pris d’un doute subit. Dois-je aller en direction de Freiburg ? Non.
Je fronce les sourcils, essayant vainement de me souvenir du nom de la plus grosse ville à côté de mon nouveau chez moi.

« Reste concentré », c’est une ville qui finit en –hen quelque chose. Voilà. « Tu dois aller en direction d’une ville qui finit en –hen. Il n’y a qu’à suivre les panneaux, quelle affaire, ce n’est pas bien sorcier ».

Alors voyons.
Sur ma gauche : Weil Am Rhein, Rihen, Wyblen.
Sur ma droite, Herten ou Wyhlen.
Eula c’est pas Dieu possible que ces couillons de Suisses aient nommé toutes leurs villes pareil, la merde ! Y’a pas un panneau de nom qui diffère d’un autre, tu parles d’une civilisation !

Angoissé mais désireux de rentrer avant la tombée de la nuit, je me lance sur l’autoroute au petit bonheur la chance en espérant tomber sur le nom familier de ma ville frontalière à moi, nom qui me sautera aux yeux, j’ai tellement toujours de la chance. Et les kilomètres passent, et les kilomètres passent quand soudain, je la vois, là, ça y est, devant moi ! Auswart ! Voilà !! Alléluia ! Sonnez Trompettes de la renommée (qui sont parfois bien mal embouchées), me voilà sur la route de la maison… Auswart, oui, d’un coup, je me souviens, c’est ça, le nom de la ville, hop embranchement, hop le petit pont (tiens, un petit pont ?) et hop paumé. Ah ben non. Ah ben non, non. Ce devait être la sortie nord d’Auswart, pas la sud, alors, reprenons l’autoroute.
Trois kilomètres plus loin, Auswart ! La bonne, cette fois-ci, c’est la bonne, j’en suis sûr, hop embranchement, hop le petit pont (tiens, un petit pont ?) et hop en larmes sur le bas côté…

Je venais d’apprendre mon deuxième mot. Auswart, en Allemand, c’est pas un nom propre, non non non, ça veut dire sortie d’autoroute.


(Et pour la petite histoire, je dus prendre un auto-stoppeur pour rentrer chez moi. Il puait tellement des pieds qu’il me flingua mon tapis de sol Norauto, plus pourri des pieds tu vis dans un Maroilles.)


D'autres moments de ma vie en Suisse.
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