Juste une mise au point sur les plus belles images de ma vie

Date 10/4/2007 11:50:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Libération du 09.04.2007
Lettre d’une c… au futur chef de l’Etat


Jamais avares de mots, vous n’hésitez pas. Nous qualifiant, nous infirmières, de « dévouées », voire même d’« admirables ». Toujours soucieux de votre image, et surtout de votre électorat, il ne serait en effet pas à votre avantage de dire autre chose des 460 000 citoyennes qui, chaque jour, à l’hôpital, dans les écoles ou à domicile, prennent soin de la population française.

460 000 infirmières et infirmiers qui, s’ils décidaient de se révolter, mettraient à terre le système de santé français.

Et pourtant… Le mépris, votre mépris à tous, est évident. Car qui d’entre vous a pris en considération nos demandes ? Qui a agi ? Personne. Depuis le début de cette campagne, pas un seul d’entre vous n’a encore dit mot sur l’avenir de la première profession de santé du pays. Comme si, finalement, les infirmières ne comptaient pas… 460 000 personnes ignorées. 460 000 personnes bafouées.

Alors permettez-moi, en tant qu’infirmière, de vous faire quelques petites piqures de rappel. Tout d’abord sur l’Ordre Infirmier : attendu depuis plus de dix ans, une belle Loi de décembre 2006 l’a institué. En théorie. Car depuis, nous attendons toujours le décret d’application. Comme si, nous, infirmières, n’avions pas droit à notre propre ordre, au même titre que les kinés ou les podologues. Et pourquoi donc ? Sommes-nous trop connes ?

Autre sujet d’écœurement : notre cursus. Les infirmières suivent actuellement une formation de 3 ans et demi après le Bac. Trois années… dont une qui compte pour du beurre. Car c’est un fait : le diplôme d’infirmière ne correspond officiellement aujourd’hui qu’à un Bac + 2. Alors quand les négociations concernant la réforme de notre système de formation ont commencé, nous acheminant vers un modèle universitaire de type LMD (Licence, Master, Doctorat) comme il en existe partout en Europe, nous, infirmières, avons poussé un « ouf » de soulagement. Et puis… Non. Tout s’est arrêté en ce printemps 2007. Et notre diplôme ne nous donne toujours droit qu’à un niveau Bac + 2… Et pourquoi donc ? Les infirmiers et infimières sont-ils trop cons pour qu’on les relègue à un niveau inférieur ?

Enfin, permettez-moi de pousser un dernier coup de gueule. Pour, cette fois, les 60 000 infirmières qui soignent, chaque jour, à domicile. Corvéables à merci, puisqu’étant la seule profession de santé à devoir assurer de par la Loi une continuité des soins 365j/an et 24h/24, ces infirmières-là sont aujourd’hui dégoûtées. Capables de vacciner contre la grippe pour 2,90 € quand le médecin en encaisse 22, ou de retirer une pompe de chimiothérapie pour 14,50 € quand les hôpitaux de jour facturent minimum 150€, ces femmes travaillent plus de 50h par semaine auprès d’un public toujours plus nombreux et exigeant : 14 millions de patients par an, dont une forte proportion de personnes âgées dépendantes et de soins palliatifs. Et que fait-on pour ces infirmières ? Rien. Ou plutôt on leur accorde l’aumône : 0,15 cts d’euro d’augmentation depuis 2002 pour l’acte le plus pratiqué. Pendant ce temps, les médecins, eux, empochent 4,5 euros. Tant mieux pour eux… Mais pourquoi pas les infirmières ? Sont-elles trop connes ?

Mmes et MM. les Candidats, nous, infirmières de France, sommes habituées dans notre profession à agir et à être là, immédiatement, quand nos malades en ont besoin. Etes-vous, vous, capables de venir au chevet de 460 000 personnes ? Avec des mots, nous n’en doutons pas… Mais arrêtez de nous prendre pour des connes. Passez aux actes…




Annick TOUBA,
Présidente du Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux (Sniil).



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