Coco, je vais faire de toi une Star (1)

Date 17/4/2007 6:00:00 | Sujet : Livres

Le premier producteur à m’avoir proposé de l'argent arriva assez vite, cet hiver, moins d’une semaine après la sortie du livre (toujours en vente sur votre gauche, ça marche bien, merci pour lui La Chambre d'Albert Camus, Editions Privé).

Un soir, le portable sonne.
- Allo ?
- Ron ?
- Oui, c’est qui ?
- Adrien Matau, je suis producteur. De télé.
- Ouiiii ?
- Je veux acheter les droits de votre livre.
- Comment avez-vous eu mon numéro ?
- Ça n’a strictement aucune importance, je veux acheter les droits de votre livre. J’adore.
- Ah, vous avez aimé ?
- Non, mais je sens que c’est pile ce que je veux faire.
- Vous n’avez pas aimé ?
- Non, ni l’un ni l’autre, je l’ai pas lu, je le commande ce soir et je le lis ce week-end, je descends à Nice pour prendre du soleil, j’ai une maison là-bas, vous devriez venir y passer quelques jours.
- Euh oui bien sûr, pourquoi pas, enfin, non, je veux dire, attendez, attendez, j’ai besoin de comprendre, vous voulez acheter les droits de mon livre sans l’avoir lu ?
- Oui. On m’a dit que c’était génial, ma secrétaire passe sa journée sur les blogs, elle ne fait que ça, elle me repère les meilleurs, les plus inventifs, elle m’a parlé de vous la semaine dernière, elle m’a dit que vous étiez tellement incisif, tellement acurate, à se tordre, j’avais oublié jusqu’à ce matin et là bingo, je tombe sur un journaliste de RTL qui me dit qu’il est fan, que vous avez écrit un truc sur votre attaché de presse Bob, c’est à mourir, je connecte de suite, ça s’allume « ah mais putain oui, c’est Ron, l’Infirmier dont j’ai tellement entendu parler » et me voilà. J’achète.
- Carrément.
- Donnez-moi le numéro de votre agent, j’envoie un contrat dans la foulée, ce soir, elle l’a demain, elle le lit, une formalité administrative, elle vous dit « c’est du béton » parce que moi je n’entube jamais les auteurs, je les respecte, j’écris moi-même, je ne vous l’avais pas dit, je suis très très plein d’idées mais je me concentre plus sur la production en ce moment, c’est nécessaire pour sortir du marasme actuel et des merdes qu’on balance aux spectateurs, enfin, je regarde pas la télé mais je m’informe. C’est quoi le téléphone de votre agent ?
- Parlez-moi du projet, avant, non ?
- Oh, c’est simple, je veux faire du « fun short story », du format court de trois minutes, deux tiers sourire, un tiers sérieux, pour un access prime time sur une hertzienne, option familial mais pas restrictif, qu’on puisse faire rougir les ados sans que les parents changent de chaîne, vous voyez le genre ?
- Je retiens que vous employez souvent le mot « drôle » en parlant de moi mais je suis super étonné, je ne pense pas que mon blog ou mon livre soit essentiellement drôle, je veux dire, oui, comme tout un chacun j’ai mes moments mais je n’écris pas que des trucs drôles, enfin, pas tout le temps.
- Si, si, si, j’ai lu le billet du jour, c’est à se tordre, je prends. Une question, votre éditeur vous prend combien sur les droits audiovisuels ?
- Rien.
- Comment ça, il a rien ?
- Ben je les ai gardés pour moi.
- Intégralement ?
- Ouais.
- Putain, c’est énorme, ça, je vous dis ça parce qu’on voulait monter un pilote et une série de 28 fois trois minutes avec un mec qui avait écrit un super blog et un bouquin dans la foulée, « Une vie de Chien », un truc dément, ça s’est bien vendu, très très drôle, pas vulgaire, très fédérant et le mec il était partant, il a écrit lui-même le synopsis, le pilote, la bible, les premiers épisodes, on trouve des acteurs, une équipe, tout le monde est chaud bouillant pour le projet et paf l’éditeur nous plante comme un chef parce qu’il veut toucher plus que ce que je peux donner, l’auteur a signé un contrat avec son sang ou presque et l’éditeur il a flairé le filon alors il me demandait le double de ce que je pouvais filer.
- Et alors ?
- Ben j’ai dit non, je veux bien engraisser un créatif mais pas un putain de comptable des pages imprimées, un connard qui reste assis derrière son bureau à saigner des auteurs, non, je ne donne pas plus que ce qui est possible, point final alors c’était la débandade, tout le projet est tombé à l’eau, je vous envoie le pdf du truc, vous allez comprendre l’ampleur qu’on aurait donné, attention, hein, c’est juste une maquette d’intention mais il y avait dedans toute la couleur de l’auteur. C’était très très policé, très très perso, un vrai bijou à la Kamelott, mais à Paris, de nos jours, dans un milieu 2INK* hétéro. M6 aurait fondu.
- Et donc vous vous tournez vers moi ?
- Ouais. Vous êtes sûr que vous avez les droits audio-visuels ?
- Oui, oui, 100%, j’ai gardé tout dessus.
- Ecoutez, je lis le bouquin, demain on est vendredi alors je vous rappelle lundi mais l’affaire est dans le sac, je le sais, j’adore déjà tout ce que vous me dites, on a un super contact, j’adore votre billet de ce matin, j’adore la couverture de votre livre et j’adore le fait que vous ayez gardé vos droits !! On se rappelle lundi, ok, je vous laisse le week-end pour réfléchir à ce que vous aimeriez créer, ne vous freinez pas, soyez vous-même, pensez « drôle, respectueux, moderne » et on s’appelle lundi, ok ? Ouais, je suis sûr qu’on va s’é-cla-ter !
- Bon week-end !
- Bon week-end, Ron.


Plus jamais eu de nouvelles.




*2INK = Two Incomes, No Kid (deux salaires sans enfant)


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