People's Princess

Date 27/4/2007 6:00:00 | Sujet : Divas



La ville n’était pas la même, vraiment pas, cette fin d’été-là. J’étais venu vingt fois à Londres et j’y avais toujours retrouvé ce mélange si particulier de stress efficace, de ciel bas menaçant et de grands parcs un peu déprimants mais pas cette fois-ci, non, pas cette fois-ci.

Les journaux placardés nous tenaient au courant, heure par heure, presque, des derniers rebondissements. On annonçait que le pays devait importer des fleurs pour faire face à la demande. Que l’absentéisme atteignait des taux records. Les gens s’arrêtaient soudain de marcher dans la rue pour regarder un téléviseur dans une vitrine, un téléviseur qui redonnait à voir pour la millième fois les images du bonheur, elle assise en maillot de bain sur le ponton, elle radieuse le jour de son mariage, elle ironique qui cassait une bouteille de faux verre sur la tête de Charles.



Les magasins de disques vendaient ses morceaux préférés, je me souviens même d’une affiche sobre, au HMV, indiquant de tel film à l’eau de rose qu’il était « our beloved princess’s favorite ». Les gens l’achetaient, en souvenir. Plus un mug à son effigie de disponible dans les boutiques cheap de Camden, plus une carte postale des jours heureux passé les douze coups de midi, plus une once d’ironie ou d’humour, même, dans les pubs, le soir, alors que nous tentions d’évoquer autre chose avec nos amis, pour alléger l’ambiance.

Elle était partie. Tout le pays la pleurait.

Je me souviens être allé, moi aussi, placer mon bouquet au milieu des milliers d’autres, devant le palais de Kensington et je me souviens qu’un type un peu stupide, bravant la foule, avait voulu retirer un souvenir du mémorial improvisé avant de rentrer chez lui, échangeant ses orchidées contre un petit ours en peluche posé par terre. Il fut pris à partie immédiatement par un excité qui le frappa plusieurs fois au visage, de ses poings, et le rua de coup de pieds lorsqu’il fut au sol. Personne ne broncha, dans la foule.






Je fus interviewé par France 2 qui cherchait des français se rendant aux funérailles. Je m’étais levé tôt puis habillé aussi sobrement qu’on peut l’être lorsqu’on est de passage, en vacances, dans un pays étranger, et je me joignais à la foule silencieuse qui cheminait vers la cathédrale, observant sur le côté certains plus matinaux et plus chanceux que nous s’agrippant avec âpreté à la barrière de fer qui les séparait du bitume où dans quelques heures à peine, à deux pas de là, le cercueil passerait lentement, encadré par les fils de la Princesse de Galles, son frère et son ancien mari Charles. Quelle scène.




Le journaliste voulait nous faire grimper sur le toit du camion mobile pour nous faire évoquer en quelques phrases émues le souvenir de Diana et je fis comme les autres, je bredouillais quelques banalités en hésitant un peu sur les prénoms, les dates, les lieux, tous les souvenirs que l’on peut avoir d’une inconnue célèbre qui vous accompagne depuis votre enfance et que vous venez honorer une dernière fois, un peu pour elle, un peu pour vous, beaucoup parce que tout le monde le faisait et que vous sentiez qu’il n’y avait pas meilleure place en ce samedi matin.




J’ai plus pleuré ce jour là qu’à d’autres enterrements de gens proches mais, quoi, nous pleurions tous, les uns sur les autres, c’était tellement grisant, tout ce chagrin commun, toute cette tristesse partagée.


Chaque fois que j’entends Lady In Red, de Chris de Burgh (surtout dans cette version acoustique), je pense à elle et à ce jour. Cet album est magnifique, il contient même une reprise de Girl, des Beatles... supérieure à l'original, je trouve, et je pèse mes mots.

Chris de Burgh - Lady In Red (acoustic)
Chris de Burgh - Girl (acoustic)

Je trouve tout ça un peu ridicule, avec le recul. Mais je le dis toujours avec un brin de fierté pathétique :
- les obsèques de Diana ? Moi, j'y étais !








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