Soirée Diapo (5)

Date 5/6/2007 6:00:00 | Sujet : Voyages



Jour 6 Page, Lake Powell


Et là, le touriste moyen se dit qu’il a tout vu, tout fait, tout compris. Les States, c’est génial, c’est magnifique, c’est énorme mais on lui a déjà tout sorti sur un plateau d’or et d’argent, option vent dans les cheveux, hot-dog en main et route 66. Le rêve est devenu réalité, il est temps de redescendre sur Terre, non ? J’ai vu le Grand Canyon (c’était superbe), j’ai vu Monument Valley (c’était superbe), forcément, ce Lake Powell, ça va faire baisser la moyenne, forcément, hein, dites?

Non.
Incroyable. La quatrième étape du voyage fut tout aussi fascinante (voire même plus en ce qui me concerne) que les précédentes.

Le gros plus de la journée : la découverte de HorseShoe Bend, site pas tellement mis en valeur sur les guides et tellement stupéfiant que nous en sommes restés bouche bée une bonne dizaine de minutes.

Le gros moins de la journée : 28 dollars l’entrée du Canyon de l’Antilope, faut pas déconner. Ok, ça les vaut (et largement) mais faut quand même pas déconner.

L’info que je regrettais de ne pas savoir : les supermarchés WallMart sont ouverts 24/24 et 7 jours sur 7. Fuck Michael Moore, je tombe dans les bras du Capitalisme en roucoulant « Money, money, money must be funny in a rich’s man world ! ».





Je me caille grave les miches en arrivant et je regrette de ne pas avoir pensé à prendre un bon vieux jean épais en France en faisant la valise une semaine plus tôt. L’office du tourisme nous confirme que le temps n’est pas de saison, début mai, il fait chaud, beau, on se baigne, normalement…Ok… Le pantacourt, c’est bien, quand il fait la canicule. Aujourd’hui, le ciel est nuageux, bas, et la température à Page, autour du Lake Powell, ne dépasse pas les quinze degrés facile. J’avise une boutique qui vend des jeans, des tee-shirts, j’ai quelques minutes pour y trouver mon bonheur avant le départ de notre excursion.
Levi’s 501 : 43 dollars. Je n’en reviens toujours pas.





La Marmotte a insisté pour que nous payions une vraie Indienne Navajo qui organise tous les jours des excursions en 4x4 vers le Antelope Canyon, soi-disant le truc à ne pas rater quand on vient au lac Powell. Je maugrée en voyant le prix des billets tout en me bénissant intérieurement d’avoir acheté un jean en ressentant les morsures du vent, agrippé à l’arrière du véhicule qui nous emmène vers The Place To See. 28 dollars par personne (20 euros). Je suis goguenard. J’ai tort.




Après la traversée d’une large étendue de sable, nous stoppons devant une fine crevasse entaillant la falaise orangée étendue devant nous. Notre guide nous montre l’entrée du Paradis en précisant que nous ne devons surtout pas utiliser le flash à l’intérieur, pour que les photos soient réussies. La lumière est si particulière en effet qu’on vient du monde entier essayer de la surprendre, de l’apprivoiser et l’immortaliser sur sa carte mémoire. Il y a d’ailleurs un peu partout des dizaines de photographes, louant chacun un trépied à l’entrée, des pros, des amateurs, chacun se la pétant un peu plus que le précédent au concours du « Putain tyavu comment mon Canon il est plus gros que le tien, bouffon fumé ! ».




Nous les dépassons.
La crevasse s’étend sur deux cents mètres, large de deux mètres au maximum, moins d’un mètre parfois (ami claustrophobe…) et nous la parcourons, lentement, sidérés par la beauté du lieu. Je dis sidérés et je le pense, la lumière y étant incroyable, les cavités se croisant et se défaisant dans de larges boucles sinueuses, généreuses, les couleurs changeant au gré du (pourtant faible ce jour-là) soleil, illuminant soudain un recoin sans intérêt pour en faire un mini théâtre posé et léché. La branche morte prend vie, le sable est caressant, la poussière en suspension devient magique, l’instant mémorable devient une image mentale que nous ne sommes pas prêts d’oublier.



L’endroit est le plus photographié des lieux touristiques du Grand Ouest, on comprend aisément pourquoi. Mes photos (comme les jours précédents) ne rendent pas honneur à la majesté de la nature en ces lieux. Il faut voir cet endroit une fois dans sa vie. Il faut.



Endroit dangereux, néanmoins, puisque onze personnes y trouvèrent la mort en 1997, la pluie tombante pouvant transformer le canyon en un corridor aquatique mortel, se remplissant d’un gigantesque torrent boueux en quelques minutes. Pas d’inquiétude, les Navajos connaissent le bizness et ne vont pas se tirer une balle dans le pied en y noyant tous leurs touristes de passage…du moins j’espère ! A noter que si vous vous garez en arrivant par la nationale, dans le parking, évitant de fait le trajet en 4x4 en provenance du centre-ville, l’ardoise est divisée par deux…mais les panneaux annonçant le prix au rabais sont discrets, forcément.



On mange vite fait dans un Taco Bell ce midi, sorte de McDo ne proposant que de la nourriture mexicaine (du moins « mexicaine vue par une chaîne de fast-food ») à un prix défiant toute concurrence. Je ne comprends pas comment la chaîne ne s’est pas encore implantée en France tellement les menus sont mangeables, goûteux parfois et changent carrément de tous ses burgers anonymes et gras qu’ils nous refourguent à prix d’or quand on passe au McDo.


A la sortie de la ville, le HorseShoe Bend est assez pauvrement indiqué. Un petit parking sur lequel une dizaine de voitures s’endorment. Un vieux panneau de bois qui indique la proximité du site, de l’autre côté d’une colline ardue, à moins d’un kilomètre. Nous entamons la balade, digérant les tacos du midi en nous demandant ce que nous allons bien pouvoir découvrir de l’autre côté.



A priori, de loin, un pont de pierre traverse un précipice mais ce n’est qu’en se rapprochant que nous apercevons avec stupeur le travail incroyable de la nature pendant ces milliers d’années. Devant nous, un précipice de plus de deux cent mètres, une boucle du fleuve Colorado enserrant un flanc de montagne qu’elle a creusé pendant des années, une eau limpide et glaciale, de la végétation, ça et là. Un silence absolu, même le vent subitement se fait discret.





Nous nous approchons du bord, époustouflés. Je n’en suis toujours pas revenu. Et je crois même préférer ce lieu au Grand Canyon tellement je m’y suis senti vivant. Nulle barrière ne protège l’accès à la falaise (amis sujets au vertige…amis suicidaires…) et chacun peut se promener le long de la boucle, sur des centaines de mètres, découvrant une fois de plus un paysage si beau que nulle photo ou description ne pourra jamais « égaler ». A voir, à revoir. Quel pied !



Nous nous arrachons à regret de notre contemplation béate pour partir vers le lac (artificiel) Powell qui servit de décor aux scènes du film « la Planète des Singes », pour les plus de trente ans. Je ne parle pas du pitoyable remake Burtonien, merci bien.



Le temps s’est un peu couvert, il fait de nouveau frais. Je refuse de payer 15 dollars pour approcher la marina (et puis quoi encore, on va pas douiller cent balles pour voir des bateaux de plaisance mouiller dans un faux lac au trou du cul du monde, nomého ?) et je me contente du panorama splendide en 360, tout en haut d’une petite montagne. Chapeau aux offices du tourisme qui font un boulot exhaustif et épatant en indiquant chaque panorama, chaque lieu à découvrir, tout au long du trajet.



Nous arrivons un peu tard pour pénétrer à l’intérieur du barrage (ça ne me gêne pas plus que ça, je ne suis pas super rassuré à l’idée de visiter un endroit creux en béton retenant des milliards de litres de flotte congelée)…mais la vue depuis les bâtiments est saisissante. Quelques photos. On prend le temps de savourer sa journée.

Le coucher de soleil est mémorable, l’hôtel ayant eu le bon goût de se construire à flanc de colline, devant la chaîne de montagnes environnante. Nous prenons notre chaise, sur la terrasse de la chambre et, pendant que la télé pérore des heures durant sur la future incarcération de Paris Hilton, le soleil disparaît, laissant place à un ciel étoilé complet comme je n’en ai plus vu depuis des siècles.
Cette nuit-là, enfin, le décalage est oublié et je peux dormir mes sept heures. Je me sens en plein dans mon voyage, dans mes baskets, dans ma vie. Je suis heureux.




Une courte vidéo au HorseShoe Bend, j'ai du mal à m'approcher sans trembler ! (10 secondes)






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