Voisin, voisine

Date 28/6/2007 6:00:00 | Sujet : Sexe

Je me souviens très bien de la scène, les sapinettes n’étaient pas plantées, à l’époque, et nous petit -
déjeunions dans le jardin. Le voisin partait tôt chaque jour ouvrir le cabinet dentaire et sa femme le saluait de la fenêtre de la chambre. Nous aussi, quand il descendait l’allée et tournait la tête sur sa gauche, un large sourire éclatant de joie et dix milles années de bonheur à venir irradiant sur toute sa large personne.

Le boulanger passait un peu plus tard, comme il le fait dans tous nos petits villages, cheminant de maison en maison en klaxonnant, roulant sur le trottoir pour glisser, sur chaque boite à lettre, là un pain de 400, là une flûte, là une baguette. On lui réglait en petite monnaie le dimanche et, parfois, on arrondissait pour ceux qui avaient leur Sud Ouest avec le pain, car il ne le faisait pas pour tout le monde.

Souvent, sa façon de rouler lui causait bien des problèmes. On ne comptait plus les arrières de voitures emboutis lorsque les gens sortaient de chez eux et se prenaient de plein fouet une camionnette Simca break roulant à vive allure sur le trottoir du lotissement. Le maire l’avait averti qu’il allait devoir facturer les trottoirs abîmés. Les propriétaires de chien pestaient contre le klaxon qui excitait leurs bêtes de longues minutes, provoquant une série d’aboiements nerveux dégradant un peu plus les rapports de voisinage d’avecque les parisiens qui avaient acheté à côté. (Parisien de Gonesse (93) mais Parisien quand même, quand on habite le Béarn, toute ville au dessus de la Garonne est déjà le Nord, et la banlieue ça n’existe pas, seule compte la…Capitale.)

Le boulanger s’enhardit et, quittant son trottoir, vint à poser le pain sur le palier de la femme du dentiste, un jour.
Puis à toquer à la porte, pour le donner en main propre.
A accepter le café généreux qu’on lui proposait.
Et à prendre un peu de temps sur sa longue tournée.

Enfin, prendre un peu de temps, je ne sais pas s’il le prenait partout mais chez ma voisine, une fois que le mari était parti, ça oui, il arrivait bien à trouver la demi heure nécessaire pour déguster une baguette encore chaude autour d’un café fumant. J’avais dix ans, je ne voyais pas le mal à cela mais j’avais mentalement noté que ce devait être une pause stouquette.

Un matin qu’il était entré depuis déjà une bonne dizaine de minutes, nous avisons la voiture du mari revenir étrangement dans le lotissement et se garer devant chez lui. Mon père, sentant le théâtre venir à ses pieds gratuitement faire une représentation avec décor et costume se tassa confortablement dans sa chaise de jardin. Mon frère et moi levâmes la cuillère en l’air, les frosties ramollissant lentement pendant que ma mère se levait comme une fusée pour aller au grillage séparant les deux pavillons, un rien nerveuse :
- Patrick ! Oh mais voilà Patrick !
- Ça va, Madame Weasley ?
- Oh mais oui mais oui mais oui mais dites moi, il n’y a pas de caries à soigner, ce matin ?
- J’ai oublié de prendre la clef du cabinet.
- Ça arrive tout le temps ! Tout le temps ça arrive ! Vous voulez un café ?
- Non, je vous remercie, je vais plutôt aller la chercher et repartir de suite.
- Ah là là mais vous pouvez pas la prendre comme ça, c'est-à-dire que vous voyez le boulanger est là… et comme tous les jours il prend son temps euh…et il ne faudrait pas que (elle tousse très fort) comment dire (elle tousse de nouveau, si fort qu’une de ses cordes vocales plie bagage à jamais)… vous dérangiez la conversation parce qu’il est timide et votre femme accueillante enfin sympathique…alors ça lui fait une chance de parler dans la journée, non ?

Silence interloqué du dentiste. Ma mère, élevant de plus en plus la voix au point que tout le lotissement doit l’entendre, désormais (mais pas les sourds ou les couples en rut, hélas), tente une dernière esquive :
- Le boulanger est tellement seul, vous savez, que…heu…heu…il aura peur si vous ne sonnez pas chez vous avant de rentrer…

De honte, je vois mon père lever les yeux au ciel et tourner la tête vers la piscine, absorbé par la noyade d’une mouche. Ma mère sourit nerveusement, la bouche un peu tordue. Nous attendons, la cuillère toujours en l’air.

Le dentiste part en courant, comme piqué par une guêpe radioactive. Un énorme bruit de casse se fait entendre quelques secondes après suivi de la sortie, nu comme un ver, du boulanger qui traverse la pelouse, remettant son slip vert en courant (et dieu sait que ce n’est pas facile).
La voiture est garée sur le trottoir. Il saute dedans et démarre aussi vite qu’une Simca break peut démarrer. Quelques secondes après, en culotte, les mains couvrant son épaisse poitrine, Elodie, la femme du dentiste, traverse la pelouse, remonte le trottoir, pousse le portail et vient sur nous, effrayée, poussant de petits cris. Ma mère reste glacée un instant, au grillage. Mon père retrouve ses esprits :
- Asseyez-vous, asseyez-vous, peut être vous voulez prendre quelque chose ?
- Elle va prendre un peignoir, André alors tu vas te magner pour aller lui en chercher un dans la salle d’eau et oui tu sais très bien où ils sont.

Ma mère retrouvait toujours le mot juste, au bout d’un moment mais je n’ai jamais oublié à quel point les seins de la voisine étaient énormes, secoués par ses sanglots, il montaient par saccades et redescendaient un peu, pas beaucoup, bien gros et bien fermes. Les larmes coulaient dessus.

Une Simca Break




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