Secret de tambouille

Date 3/7/2007 6:00:00 | Sujet : Livres

Je ne sais pas comment font les autres pour écrire mais moi j’ai choppé le truc depuis quelques temps : je ne me promène plus sans un stylo et un papier, partout, tout le temps. Et je note. Même si je suis sûr que je ne vais pas oublier. Surtout si je suis sûr que je ne vais pas oublier.

Combien de fois, en me couchant, une idée de billet me traverse la tête, généralement une anecdote ou un thème à exploiter. Je souris, je me pourlèche mes babines mentales en me disant « tiens, ça je l’ai pas encore raconté, bon on verra demain matin ! ». Et je m’endors.

Sept heures après, au petit matin, plus rien, bien sûr, l’idée a disparu pendant la nuit, loin, très loin, et c’est rarement que je retombe dessus, des mois après. Mais elle s’est fanée, elle a un peu passé, les couleurs sont moins vives, en un mot, elle est moins bandante et je n’ai plus envie de jouer avec.

La plupart du temps, je parle et je raconte quelque chose, je rebondis sur ce que je viens d’entendre, je me souviens d’une histoire qu’on m’a racontée, ou que j’ai vécue, ou dont je crois me souvenir. Je vois les yeux de mon ami s’arrondir, parfois je le vois sourire et c’est là alors que je sais que j’ai touché juste. L’histoire est forte, l’anecdote est bonne, la progression constante et la chute se tient. Je devrais la raconter. Parfois ils me le demandent eux-mêmes :
- Tu l’as déjà racontée, celle-là ? Non ? tu devrais !

Pour ne pas oublier, alors, je prends le premier bout de papier qui traîne, mon stylo et je jette des mots clefs, des mots repères, ayant trop la flemme de raconter l’anecdote dans les grandes lignes, persuadé que je m’en souviendrai parfaitement en relisant tout ça à froid. A croire que je ne suis pas encore totalement vacciné de ma « perte d’idée à retardement », puisque régulièrement je fais encore l’expérience frustrante et désagréable de relire ces mots, ces bouts de papier et de ne rien pouvoir en tirer, rien. Mais parfois ça marche et le moteur interne n’attendait que ça : deux mots magiques qui alimentent le moteur, deux mots qui structurent une anecdote, deux mots qui me donnent envie de raconter mon histoire.

J’ai dans le placard, sur ma droite, près de moi, une pochette en plastique transparente que je nomme mon « sac aux merveilles », tellement le contenu m’excite et me rassure à la fois. Empilés à l’intérieur des dizaines de papiers me narguent chaque jour, de provenance diverse, de taille et de couleurs totalement différentes, unis par un dénominateur commun simple : quelques mots écrits à la va-vite sur un coin de feuille, quelques mots griffonnés pour ne pas être oubliés et pouvoir continuer la conversation tranquillement. Quelques mots dont je vais pouvoir me repaître, longtemps après.

C’est mon trésor, mon stock de guerre, ma réserve pour la soif, ma poire pour le dessert. Je n’y fouille jamais, non, je mets juste ma main dessous, je renverse le paquet et j’attends que le premier papier tombe. Un coup d’œil sur les mots et souvent mon envie reprend…
- Ah oui, celle-là, c’est vrai.

La pochette grossit à vue d’œil tant j’ai freiné mes billets sur le blog. Sa vue me rassure. Je sais que j’ai encore à dire et à partager. Je sens que je n’ai qu’à fouiner pour trouver vite une fois de plus une bonne histoire à écrire au petit matin, dans cette moins qu’une heure dont je dispose chaque jour, entre le passage des poubelles et le réveil de La Marmotte. Le secret de ma production régulière, la tanière de ma muse, la petite pochette magique qui me donne ce goût de fer unique dans la gorge quand je la caresse, je vous la montre pour la première fois. Avant de la ranger. Voici mon coffre-fort à idées. Sans lui, je ne suis rien.



L'histoire des gitans ? Elle est excellente, celle-là !



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