Soirée Diapo (9)

Date 4/7/2007 5:30:00 | Sujet : Voyages



Retrouvez les étapes précédentes, à Las Vegas, sur la route, ou ailleurs, dans la rubrique "Voyages", sur la gauche.

Le gros plus de la journée :
le côté déstressant du parc. Se retrouver près d'arbres centenaires, les toucher, les sentir... Une sensation incroyable, bien agréable après huit heures de route !

Le gros moins de la journée :
L'accès au parc. Rude.

L’info que je regrettais de ne pas savoir :
Il faut compter une journée complète pour apprécier pleinement le parc, il est si vaste. Une après-midi ne suffit pas tant les lieux sont magiques.



En quittant LAS VEGAS, je pressens que la journée sera longue mais je sous-estime à quel point elle va m’épuiser. La dixième journée à rouler, à changer de lieu, d’hôtel, à manger des trucs gras et putassiers, faits pour exciter les papilles et non rassasier l’estomac, la dixième journée est la plus dure de toutes.

Nous traversons un désert. Un désert désert, vraiment. Rien pour s’arrêter un instant, pisser une minute, se poser et regarder les autres voitures nous dépasser en klaxonnant, non, rien. Les panneaux nous avertissent de la présence de serpents à sonnette (charmant) et indiquent que la prochaine ville est à plus de deux heures de là.



Au milieu de rien, soudain, surgit une ville minuscule entourant une base de l’Air Force. Un Taco Bell, une station service. Nous nous garons sur le parking vide. En ouvrant la portière, cinquante degrés de sécheresse et d’ennui nous sautent tous dessus à la gueule. Il n’y a que quelques pas à faire pour rejoindre le restaurant et c’est ruisselants que nous déjeunons, enfin, excédés de conduire au milieu de rien.

En quittant l’autoroute, je regarde l’heure. Plus de six heures enfermés, quasiment cinq cent kilomètres de sable. Je me sens presque arrivé et je me trompe, lourdement. L’hôtel est à une heure de là. Quand nous posons enfin les bagages dans la chambre, il est près de quinze heures. Une douche rapide, un snack avalé sur le pouce et une décision difficile à prendre : allons nous voir les Séquoias géants ce soir ou attendons nous demain ? Je regarde par la fenêtre. Il fait presque 40. J’hésite. Je sais que nous pouvons très bien rester à glander dans la chambre mais que, demain, cela empiètera sur la journée suivante, dans un autre parc. Alors il faut bouger, se remotiver, reprendre la voiture et gagner l’entrée du parc.

Le ranger nous met au parfum et mon esprit tente une diversion : « non, je n’ai pas compris qu’il y avait une heure de route supplémentaire entre l’entrée du parc et les premiers arbres, non je n’ai pas compris que c’est une route de montagne, non je n’ai pas compris que la nuit va tomber dans trois heures, à l’ombre de la montagne et que nous devrons nous dépêcher là haut si nous ne voulons pas descendre éclairés à la lueur des phares ».
« Faites attention aux Ours ! », ajoute t’il, sérieux comme un pape. « Et si nous en voyons un ? », que je demande, un peu anxieux. « Oh, vous n’avez qu’à taper dans les mains, il aura plus peur que vous. » Ben voyons, s’il le dit.



La route est un cauchemar, un pur cauchemar, une heure de haute montagne Pyrénéenne, faite de lacets, de boucles et de virages en épingle qui mettent à mal nos estomacs et pèsent un peu plus sur ma fatigue. Je suis le seul à conduire alors je m’accroche à des pensées magiques : « je ne suis pas venu à l’autre bout du monde pour attendre la tombée de la nuit cloîtré dans un hôtel, c’est peut-être la seule et unique fois de ma vie que je verrai des séquoias géants. Allez, encore un effort, allez ».

Je minute notre soirée pour ne pas me laisser avoir par le jour qui décline. Si la route est cauchemardesque en plein jour, je me doute que, fatigue décuplée et obscurité complète aidant, je la trouverai encore plus rude dans quelques heures si j’en oublie l'heure. Des travaux ralentissent notre montée et nous gagnons le sommet péniblement. En m’extrayant de la voiture, je regarde ma montre et je grimace : 7h30 de route. Allez, encore un effort. Mon dos gémit. Le panneau devant moi indique que l’arbre le plus proche est à moins d’un kilomètre à pied mais précise que la remontée sera rude. L’altitude, une fois de plus, me gêne dans mes plus simples promenades. Je me souviens de cette fois, sur le Schiltorn, en Suisse, à 3000 mètres, où, voulant courser un gamin qui allait tomber d’une hauteur j’avais failli m’évanouir tellement l’air me manquait. Sensation très désagréable, l’hypoxie touristique épuise et ramollit tout le corps, une journée de foutue si on n’y prête pas attention (que peut-on y faire, de toute façon ? Rien).



Nous descendons sur le petit sentier creusé à flanc de colline. Je n’en ai pas touché un mot jusqu’ici mais nous avons été entourés, dès notre entrée dans la forêt, par de gigantesques séquoias, à droite, à gauche, devant, gigantesques comme dans un film, gigantesques comme dans un roman de Jules Verne, gigantesques et tellement incroyables qu’une fois de plus, je ne peux que le répéter, il faut le voir pour le croire, au moins une fois dans sa vie.

Je me sens dans Jurassic park et j’ai l’impression qu’un Brontosaure va jaillir entre deux arbres, au fond de la vallée, pour lentement se diriger vers nous en poussant de puissants cris. Je n’en oublie pas la menace de l’Ours mais je suis charmé. Nous prenons des photos, systématiquement je me place devant l’objectif pour rendre compte de l’échelle démesurée. Nous sommes presque seuls. Le bonheur est total, au coucher du soleil. En revenant de la voiture, j’aperçois un troupeau de biches broutant un peu plus loin. Je m’approche à pas de loup et, même si elles me jettent des coups d’œil furtifs de temps en temps, aucune ne bouge ou ne prend peur.



A deux mètres d’elles, je me rends compte avec effroi que je nargue surtout une bande de mâles, de jeunes cerfs aux petites cornes qui me dévisagent avec morgue et un rien d’agressivité. Mon safari photo me semble d’un coup moins tentant et je rebrousse chemin, en sueur, tout penaud d’avoir voulu jouer au dompteur mais surtout soulagé de ne pas avoir pris une vilaine ruade dans le ventre. Après tout, qu’est-ce qui me prend à vouloir shooter des biches ? C’est un métier, c’est un métier !

Nous redescendons sous une douce lumière déclinante vers l’hôtel. Je suis un peu déçu de n’avoir vu qu’une infime portion du parc mais je me redis, pour la millième fois, qu’il faudra un jour revenir ici. Oh, pas tout de suite, non. Mais il le faudra. Pour se souvenir des belles choses. Et des beaux moments avec toi. Je t’aime. Trois ans aujourd'hui.






Cet article provient de Ron
http://ron.infirmier.free.fr

L'adresse de cet article est :
http://ron.infirmier.free.fr/modules/news/article.php?storyid=1502