les médusés (16 : L'imprévu)

Date 13/8/2007 6:20:00 | Sujet : Saga de l'été

Previously : Ron aime bien le petit Mailleki mais Louis aussi... et un jour, Ron casse une bouteille Japonaise hors de prix (sans faire exprès), chez Louis.


Le Louis est bien dans la cuisine, seul. Il prépare des glaçons et regarde je ne sais quoi, par la fenêtre. Je m’approche, un peu penaud.
- Euh… Louis, c’est ça ?
- Oui ?
- Ecoute, je voulais te dire… Tu sais, tout à l’heure, sans faire exprès, j’étais dans le salon et j’ai…(soudain mon regard est attiré par un mec, sur la pelouse du jardin, un mec qui porte les fringues de Mailleki, le polo de Mailleki, un mec à deux centimètres d’une nana qu’il a l’air de super bien connaître, un mec qui se penche et lui roule une pelle d’enfer et ce mec, ben, je crois que c’est celui que j’ai accompagné. Ouais. En moins d’un quart d’heure, le voilà déjà maqué, ou presque).
Louis me regarde et calmement m’explique :
- C’est son ex. C’est pour ça que j’ai insisté pour qu’il vienne, c’est pas possible que ces deux là soient pas ensemble, ils arrêtent pas de s’engueuler mais bon… C’est ma meilleure amie, je la connais, elle n’est bien qu’avec lui.
- Ah mais tu savais alors qu’il était hétéro ? Merde ! Ben je comprends plus rien… Pourquoi tu le dragues, alors, si c’est le mec de ta meilleure amie !
- Je ne le drague pas.
- Mais tu l’as invité !
- Non. Je vous ai invité.
- Mais moi t’en as rien à foutre, c’est lui que tu voulais voir…
- Tu crois ça ?
- Mais ouais… Enfin… Je sais pas, moi, tu me calcules même pas, tu m’adresses jamais la parole, je suis invisible, tu passes à côté de moi sans rien me dire…
- Peut-être que je suis timide, Ron.
- C’est ça. Ben t’as pas l’air.

Louis prend ma main avec sa main glacée qui tenait des glaçons la seconde d’avant et la plaque contre sa poitrine :
- Tiens, sens comme j’ai le cœur qui bat vite…
- …
- Quand tu es là.

La lumière met une bonne heure à s’allumer dans ma tête, de suite remplacée par une incrédulité totale. Je cherche le hic. J’essaie de remettre les pièces du puzzle en place. Lui ??? Moi ??? MOI ??? Moi.

Et là, pour la première fois de ma vie d’adulte, une boule d’angoisse, d’excitation et de plaisir me prend à la gorge. Là, devant moi, un garçon vient de m’avouer qu’il a les genoux qui tremblent quand il me voit. Quelle sensation délicieuse. Et quelle responsabilité. Si je suis déjà sorti avec des types avant, plus ou moins angoissé, je réalise avec délectation le pouvoir et le plaisir que je vais pouvoir retirer de cette situation inédite. Ce garçon me plait mais ne me trouble pas. Et il me veut, moi. Décidément, être adulte, c’est génial.

(...) la suite à retrouver dans votre librairie... mais comme je ne suis pas rat, on saute juste 25 pages et on reprend.


Je ne peux pas laisser dire que ma vie d’étudiant était une longue partie de rire, de glande, d’amitiés, de réveils décalés et de journées à tuer le temps, non, si le temps a embelli quelque peu les souvenirs, comme il le fait souvent, j’ai aussi, en y repensant bien, quelques images tristes qui me reviennent, de ces heures longues et chaudes où je les comptais.

Souvent, en automne, en hiver, en été, il ne se passait rien. Je me levais un peu frissonnant car la baie vitrée de cinq mètres qui couvrait tout un pan de mon mur (et qui m’avait fait opter pour cet appartement en dépit de sa position un peu excentrée) était déjà ancienne, mal isolée, laissant autant passer les bruits que les courants d’air. Je me levais tôt, car je n’avais pas de volets, et la lumière du jour m’agaçait vite. Je me levais tôt, car le camion des poubelles passait sur le coup des six heures et les gens, à l’époque, ne triaient pas leurs bouteilles en verre, ce qui causait un vacarme terrible dans la rue dès que la benne concassait ce qu’elle venait d’emporter. Je me réveillais tôt aussi car j’avais froid, l’isolation étant pour le moins limitée, et les courants d’air me parvenant directement sur le visage. C’était souvent que je m’endormais le soir après avoir accumulé une montagne de vieilles couvertures pelucheuses sentant le vieux que j’avais récupérées au grenier, anciennes couvertures en acrylique dont la matière ne m’aurait pas fourni de chaleur, tant elle était artificielle, mais dont j’attendais beaucoup du poids, car je les empilais en nombre, les pliant les unes sur les autres, comme je le pouvais.

Chaque jour, de mon petit lit à une place, elles glissaient toutes d’un seul tenant sur le bord puis par terre et je me retrouvais, durant la nuit, ensommeillé et épuisé, à devoir me lever pour les ramasser, refaisant les plis, le bord, les calant sous le maigre matelas, insistant plus sur mes pieds et finissant par prendre deux paires de chaussettes qui me protègeraient mais gêneraient mon sommeil si léger. Tout ce poids sur mon dos et ce matelas que j’avais conservé depuis l’enfance finirent par me causer bien des soucis, plus tard, des douleurs chroniques invalidantes qui me firent regretter de ne pas avoir plus insisté pour changer de literie, ce que les parents auraient payé, sans sourciller, mais j’étais affectivement très attaché à ce matelas qui avait vu naître ma vie sexuelle et je ne pouvais me résoudre à me séparer. A quoi peut se résumer une douleur lombaire, parfois.

Je déjeunais toujours la même chose, un peu de lait froid dans un bol, une dizaine de biscottes émiettées dedans, un café soluble chauffé au micro-ondes, bouillant, dans un verre en plastique (qui fondait légèrement) et une pastille d’oligo-éléments achetée en parapharmacie censée me fournir l’énergie nécessaire à mes études.
Je m’habillais souvent de la même façon, à cette époque, car je sortais d’une période longue (mais enrichissante) chez les Jésuites qui m’avait forgé le goût des vêtements sobres et pratiques. Je devais avoir deux paires de chaussures, des mocassins Sébago noirs, protégés par deux fers au talon et à la pointe, et des converses bleu marine, usées jusqu’à la corde, qui prenaient un peu l’eau, parfois. Je ne mettais pas de jeans (il devait me rester un 501 un peu court aux chevilles, je finissais par le porter quand mon tas de linge sale était trop important) mais des Khakis, qui se salissaient un peu vite à mon goût, tant ils étaient clairs et moi maladroit. Je possédais une dizaine de chemises unies, oxford bleu ciel, que je mettais sous un pull noir ou bleu marine, parfois col taillé en V lorsqu’il faisait meilleur temps, souvent entouré au cou d’une écharpe noire Benetton que je ne lâchais jamais et que j’ai le plus grand mal à trouver, de nos jours, tant la marque s’est étiolée. J’avais déjà mon Barbour, le vêtement le plus inconfortable (forcément le plus snob) de l’histoire du vêtement : on y crevait de chaud dès que la température dépassait quinze degrés, pour y grelotter en hiver tant il était léger. Le soleil faisait chauffer les épaules et la pluie pénétrait malgré le coton d’Egypte dans les trous laissé par les aventures en forêt. J’y tenais pourtant énormément, ayant observé avec beaucoup d’intérêt, en Ecosse ou ailleurs que ce bout d’histoire d’Anglaise était le sésame nécessaire à qui voulait entrer partout sans fausse note, d’un club chic à un boui-boui sordide de banlieue, on ne se faisait jamais remarquer en Barbour, mieux encore, entre propriétaires, il était plus facile de se faire admettre en le portant, pour entrer dans les endroits In, si on avait laissé le costume à la maison. En Barbour, l’habit faisait le moine. J’adorais l’idée.

J’achetais le plus souvent Libération à la Civette, le café-tabac-pmu qui faisait l’angle entre les rues Lecortier et Jean Mermoz, car l’atmosphère fébrile issue des bavardages de lycéens s’échappant de cours, la fumée de leurs cigarettes et les morceaux insensés qu’ils choisissaient au juke-box provoquaient en moi des bouffées de nostalgie (!) et de bonheur mélangés, ressassant un peu plus mon douloureux départ de l’internat, sûrement mes meilleures années, à ce moment là. Quelques uns me souriaient, à la force de l’habitude, parfois on s’enhardissait d’un côté ou de l’autre pour échanger trois phrases mais ils sentaient bien (et moi aussi) que nous ne faisions plus partie du même monde, dorénavant. J’avais passé mon bac, j’étais presque un adulte.
Je pouvais y passer toute la matinée, selon l’intérêt que je trouvais au journal et il n’était pas rare que je commande un sandwich, sur le coup de midi, après avoir lu jusqu’à la dernière ligne de la dernière publicité. Après avoir avalé mon repas, je filais au cinéma pour revoir généralement une connerie que j’avais déjà subie la semaine précédente mais la ville était de province et le cinéma limité en salles comme en choix. Il fallait se contenter des grosses machines que tout le monde allait voir, des semaines durant, de quelques comédies françaises sans grand intérêt et, parfois, quand j’avais un peu de chance, d’une projection itinérante « Connaissances du Monde » où je me retrouvais entouré d’une cinquantaine de retraités, aussi enthousiastes et désargentés que moi, qui jactaient pendant toute la projection, y trouvant surtout un lieu de rencontre plus que de culture. Certains soirs, je me sentais si seul que j’allais jusqu’à engager la conversation, parlant de choses et de pays que je ne connaissais pas, essayant désespérément de trouver un terrain d’entente avec des vieux qui ne cherchaient qu’à rentrer dans leur pavillon, un peu surpris (voire méfiants) de tomber sur un jeune aussi disert.

La nuit tombait vite et je rentrais, en évitant de fixer les décorations de Noël, qui me feraient pleurer, je pense, si j’y prêtais trop attention. Je jetais mes affaires sur mon clic-clac, j’appuyais sur le bouton de la télé, sachant qu’elle devait chauffer de longues minutes avant d’afficher une image triste, en noir et blanc, qui sauterait de temps en temps, m’obligeant à poser mon Bolino pour donner de grands coups sur le côté, ce qui lui faisait du bien, indéniablement.

Un jour, croisant un type en ville, type que je connaissais de vue du collège des Jésuites et qui (...)





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