Deux coups de coeur

Date 7/9/2007 22:00:00 | Sujet : Livres

(A nouveau plein de temps pour lire et je m’en félicite, ça commençait à me manquer, de plonger dans de nouveaux univers, régulièrement)



Bénédicte Desforges est flic. Elle a tenu un blog. Michalon lui a proposé de réunir les meilleurs billets, ou les plus marquants, pour en faire un bouquin qui cartonne et n’a sûrement pas besoin de ma bafouille pour se vendre. Pourquoi en parler ? Parce que j’ai eu la surprise de découvrir dans cet ouvrage qu’elle et moi faisions le même métier, ou presque.
Au cœur de la misère, de la souffrance, plongés dans l’intime, la douleur, l’absurde, nous sommes tous deux confrontés à des situations qui nous dépassent et nous font écrire, pour survivre.

Bénédicte a su prendre du recul, avec plus ou moins de difficulté (et les larmes montent vite en la lisant, quand on la sent plus humaine que flic), plus ou moins de renoncement, sur son métier, sur sa fonction. Assistante sociale, psychiatre, garde du corps, employée de morgue, faisant le guet devant la maison d’un ministre qui n’y habite même plus ou simple flic, enfin, quand il le faut, tout de même, un peu. Car on l’oublie, mais, entre les consignes chiffrées du ministère, la société qui se délite en refusant de rendre des comptes, les délinquants qui posent des cas de conscience et sa petite vie de femme, Bénédicte est surtout là pour réguler le flot d’emmerdements qui n’ont rien à voir avec sa fonction de départ.
Quel joli métier, quand on lui laisse le temps de le pratiquer…

C’est vendu comme un témoignage mais ce sont les mots d’un auteur. Il y a des fulgurances, parfois : « Et la crasse, toute cette crasse qui n’est pas que misère. Et des gens et des choses qui puent à en vomir, qu’on va toucher ou prendre par la main parce que la solitude ne connaît que l’odeur de la souffrance ».
Il y a tout un monde inconnu dans une phrase, tout un plan de cinéma, en une ligne, on y est déjà, on sent la banalité écrasante de son quotidien : «Je prends mon service à midi, police secours, et après l’appel, je me tape un gros casse-croûte et un café. On ne lave pas les cuillères, elles sont toutes dans un verre d’eau où on les remet après avoir remué le sucre ».

Je sais qu’elle parle de mon livre, en des termes flatteurs, sur son blog, depuis peu. Je sais aussi que nous ne nous racontons pas de mensonges, ayant vécu presque la même année, elle et moi. Nous avons le cul entre deux chaises, rapport à nos livres, une situation très désagréable que peu de personnes peuvent comprendre. Pas envie d’expliquer plus. Alors on se serre les coudes. Un pote me disait l’autre soir que, dans ce milieu, on ne se faisait pas d’amis, tout le monde était en concurrence. Comme nous avons écrit le même livre Bénédicte et moi, je n’aurai pas de problème de ce côté. Infirmier et flic, flic et infirmier, même combat, même salaire de merde, à peine plus de reconnaissance pour les uns que pour les autres…mais toujours là quand nous sonne.





J’ai été très agacé à la lecture de "Pavillon Noir" de Thibaut de Saint-Pol tant sa description soignée d’un hacker est plausible, documentée, construite. Je n’ai jamais pu supporter les gens qui se croient au dessus des lois ou des autres, je ne négocie pas avec les terroristes, pour reprendre une expression chère au chef de 007, et ce personnage de hacker borderline, s’inventant une vie, mille vies, ne m’a pas donné envie d’aller plus loin…Jusqu’au premier changement de personnage.
Le livre, assez déroutant, révèle quelques surprises de taille. On s’attend à un polar chiant sur la flibusterie moderne et on se retrouve vite dans un monde bien plus médicalisé, psychiatrique, dont je ne peux parler sans déflorer l’intrigue. Pour des raisons très personnelles, je ne tiens pas à lire des bouquins sur des personnages "fous"...mais j'ai tenu bon.

J’ai beaucoup aimé les changements radicaux de ton, de point de vue, de vocabulaire, selon le personnage. Je suis resté plus sur ma faim concernant la partie médicale du livre, que j’ai trouvé trop technique (ça manque de vécu, normal, l'auteur est chercheur, pas infirmier) un peu trop didactique. Pour résumer :un bouquin surprenant, sur un sujet casse-gueule. Thibaut de Saint-Pol a le mérite d'aller jusqu'au bout du sujet, ce qui m'a surpris, aussi. Le livre est cohérent, jusqu'à la dernière ligne. Ça m’a donné envie de lire le premier, peut-être plus abordable, un peu moins sombre, d’après une fidèle lectrice. Le livre est clinique, efficace mais j'avais besoin de rêver.

” Je ne suis pas un homme comme les autres.
Je ne l’ai jamais été. Et ceux qui s’imaginent le contraire se trompent. Je suis un héros. Personne ne le soupçonne encore, mais j’ai de grands projets pour le monde. Tout va changer. Ce que vous connaissez, ce qui vous rassure, ce qui donne un sens à votre existence, bientôt n’existera plus. Vous ne sentez rien. Vous ne devinez rien. Pourtant, d’ici peu, vous serez libérés de vos chaînes et vous comprendrez.
Vous réaliserez soudain que votre vie était insensée. Tout sera si différent. Vous regarderez avec surprise l’être imparfait que vous étiez. L’ampleur de votre naïveté passée vous étonnera, comme aujourd’hui elle me surprend chaque jour, moi qui pourtant vous connais si bien. Vous en souriez et vous viendrez à moi, encore bouleversés des changements que j’aurais provoqués."




Site de Bénédicte Desforges

Site de Thibaut de Saint-Pol


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