(8) Elle met du vieux con sur son balcon

Date 21/9/2007 6:00:00 | Sujet : 3 ans

(20 histoires de patients, d’hôpital, proposées par vous, ici dans les commentaires.)


- Madame, pour la dernière fois, si vous n’ouvrez pas la porte, le pompier va devoir l’enfoncer !
- Allez vous-en ! Je n’ai pas besoin de vous ! Allez-vous en !

La vieille n’en démord pas. Nous n’avons rien à fiche là. Un vieillard est recroquevillé sur son balcon depuis la veille au soir, le jeune couple du dessus l’avait repéré en fin de nuit, a attendu sagement le lendemain pour appeler le SAMU (nous), qui arrive en premier sur les lieux. Les pompiers nous suivent. La gendarmerie veut faire bonne figure. Il ne manque que les flics, le tribunal de grande instance et les caissières de Super U pour que le couloir soit devenu le dernier endroit à la mode où l’on s’encule.

- Madame ! J’enfonce la porte ! Reculez !

Dans les films, ça prend bien trois ou quatre coups de bélier, pour faire sortir une porte de ses gonds. Dans la réalité, souvent, ça pète en arrière comme une vieille biscotte, dans les immeubles datant un peu. Les gens seraient surpris de la facilité avec laquelle on peut entrer chez eux.

Le médecin se rue sur le balcon, suivi de son infirmière, de son infirmier en formation, d’un gendarme, d’un pompier. Les autres interrogent du regard, à distance prudente, la vieille dame très très remontée, qui saisit soudain une paire de ciseaux, pour détendre l’atmosphère :
- Je suis chez moi ! Vous n’avez pas à rentrer comme ça ! Je vais vous mettre un procès pour la porte !
- C’est votre mari, madame, sur le balcon ?
- Oui ! Je suis chez moi ! Vous n’avez pas à entrer dans les appartements des gens ! Fascistes !
- Pourquoi vous l’avez enfermé dehors, en pyjama ?
- Il ne voulait pas manger le repas d’hier, ça lui apprendra…
- On est en décembre, Madame, il a eu de la chance que les températures soient clémentes… Il a l’air sous le choc !
- Je suis chez moi ! Je fais ce que je veux avec mon mari ! Vous n’avez pas à me dire ce que je dois faire ou pas ! Où étiez-vous en 1939, quand les Allemands sont arrivés, vous ?
- Madame, posez cette paire de ciseaux ! Je vous préviens… Je vais compter jusqu’à trois… Une… Deux…

Pas le temps d’y arriver que la lame du ciseau fait un grand geste, le pompier se recule et doit éviter d’un demi centimètre la balafre qui lui aurait traversé la joue… et l’œil. Sans perdre le Nord, il saisit de la main le poignet de la vieille, le tord et, un peu trop virilement, lui vrille l’épaule, qui craque. Hurlement de la vieille.
Commentaire du médecin, derrière, sur un ton neutre :
- Et une épaule de déboîtée, une, alleeeeeeeeez, c'est encore pour bibi ! Putain, j’avais dit "zen attitude", les mecs, pas aujourd’hui, putain, j’ai mes beaux-parents à la maison qui me prennent la tête, j’ai la bagnole à apporter au garage pour le contrôle technique, j’ai pas commencé les achats de Noël et vous me lui déboîtez l’épaule mais PUTAIN VOUS ALLEZ VOUS CALMER !

Il s'était fumé un pétard avec l’ambulancier avant de rentrer à l’hôpital. Il supportait plus le lexomil, ça l’endormait, qu'il nous disait.


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