Droit de crève

Date 19/11/2007 7:30:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Moi, je suis infirmier. Quand je travaillais à l'hôpital, fonctionnaire planqué, comme ils disent, et que je voulais faire grêve, pour protester contre la paupérisation de ma profession, les responsabilités accrues (normal, il n'y a plus assez de médecins) et la pénibilité de ma tâche (debout, aux trois/huit, pas de week-end ou de jour férié ou de Noel qui tienne), je disais à ma suveillante : Lundi, je fais grêve !

Elle me comptabilisait comme gréviste.

Le lundi, comme j'étais réquisitionné (sinon les gens ils allaient mourir, ce qui toujours gênant pour un hosto), je venais travailler de force.

J'avais mon brassard gréviste autour du bras, pour bien dire que j'étais pas d'accord avec la loi/le ministre/le coût de la vie. Je faisais mes neuf heures de boulot et, bien sûr, je n'étais pas payé, puisque j'étais comptabilisé comme gréviste. Elle est pas belle, la vie ?

Voilà ce qui se passe en ce moment, en Finlande, pour les infirmières. Nous sommes quand même la seule profession au monde que l'on menace de prison quand elle ne vient pas travailler, hein...Pour que ça rende les gouvernements aussi hystériques, c'est bien que nous faisons un boulot essentiel. Essentiel, difficile et mal payé. La durée de vie professionnelle d'une infirmière ne dépasse pas les sept années de pratique. Sept ans et hop, s'en retourne à la maison...39 mois de formations qui coûtent une fortune à l'état (et pas mal aux élèves), un peu plus du double sur le terrain et retour dans le civil. L'infirmière, épuisée, jette l'éponge.

Pour info, je suis désormais dans le "privé", vous savez, le secteur dont les grévistes parlent avec mépris tous les jours et je travaille deux week-ends par mois (vendredi, samedi, dimanche de 7h30 à 18h30) week-end payés grassement : 25 euros brut par dimanche travaillé. Je ne me plains pas, ça me permet d'avoir des repos en semaine. Mais quand j'entends que les salariés du privé sont des planqués, je bondis. Parce que Bibi, cette année, le matin de Noel ET le premier de l'an, c'est mon planning qui veut ça, il soignera vos parents, vos amis, votre grand-père, peut-être, comme un autre jour de l'année. Avec le sourire. Tou-jours.

Le conflit des infirmières met la Finlande en état critique
De notre correspondante en Scandinavie
par ANNE-FRANÇOISE HIVERT Libération

Le secteur hospitalier finlandais se prépare à vivre la pire crise de son histoire. Ce soir, plus de 12 000 infirmières (soit 20 % des syndiquées) démissionneront, si les négociations salariales entre leur syndicat Tehy et la Commission des employeurs communaux n’aboutissent pas. Tous les hôpitaux devraient être affectés. Pour garantir la sécurité des patients, les députés ont adopté, vendredi, une loi exceptionnelle, prévoyant des réquisitions de personnel dans les secteurs les plus sensibles.

Salaires. Le bras de fer entre le syndicat et les employeurs communaux s’éternise depuis septembre. Le principal point de blocage porte sur les salaires. L’organisation patronale propose une rallonge de 2,6 % pour le personnel soignant, en plus des 9 % d’augmentation accordés à l’ensemble des employés communaux. La direction de Tehy réclame, elle, une hausse de 24 %, soit une augmentation supplémentaire de 15 % sur deux ans et demi, afin de combler le retard accusé par la profession. «C’est impossible», souligne Elina Vartiainen, responsable des négociations pour le patronat, qui évalue le coût d’une telle mesure à 1,4 milliard d’euros. Sans compter les revendications des autres employés communaux, qui risquent alors d’exiger de nouvelles revalorisations salariales. «Nous espérons encore aboutir à un accord, mais ça semble très difficile», reconnaît Sari Koivuniemi, porte-parole du syndicat. Appelé à la rescousse, le gouvernement de centre droit refuse de débloquer des fonds supplémentaires. Selon Pia Viitanen, vice-présidente du parti social-démocrate, la Finlande n’aura bientôt plus le choix. «Tôt ou tard, nous devrons augmenter les salaires dans la fonction publique, si nous voulons faire face au manque de personnel, causé par le vieillissement de la population.» Alors pourquoi ne pas commencer tout de suite, «quand les caisses de l’État sont pleines» ?

Vendredi, l’opposition a voté contre la loi de réquisition adoptée par la droite. Le texte permet aux autorités locales de forcer des infirmières démissionnaires à travailler, pour assurer la sécurité des patients. «C’est une mesure exceptionnelle», affirme Pekka Järvinen, conseiller au ministère de la Santé. Elle ne sera appliquée que pour une durée renouvelable d’une semaine. Ce week-end, environ 2 400 infirmières ont reçu un courrier recommandé. Les réfractaires risquent une amende allant jusqu’à un mois de salaire. Lors des débats au parlement, la ministre de la Justice a même évoqué des peines de prison, en cas de décès des patients, en l’absence des infirmières réquisitionnées.

Avec 2 800 démissionnaires sur 10 000 infirmières, les hôpitaux de la région d’Helsinki devraient être les plus touchés. Certains services pourraient perdre plus de 40 % de leur personnel soignant. Mais, même si les hôpitaux parviennent à rappeler le millier d’infirmières dont ils ont besoin, «nous n’arriverons pas à garantir la sécurité des patients à 100 %», reconnaît Hanna von Wendt, directrice de la communication des hôpitaux de la région.

Morts. Les premiers malades ont d’ailleurs été envoyés en Suède la semaine dernière. Pekka Järvinen admet que les réquisitions «ne suffiront pas à éviter une situation critique, où des morts sont à envisager». La porte-parole de Tehy s’interroge sur les motivations du patronat : «Pour le moment, nous avons le soutien de l’opinion publique, mais ça changera avec les premières victimes. Ils espèrent peut-être que nous abandonnerons alors nos revendications.» Tehy a annoncé que 3 600 infirmières supplémentaires étaient prêtes à démissionner en décembre, si le conflit n’était pas résolu.



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