Et moi, et moi, et moi

Date 13/12/2007 16:10:00 | Sujet : Vie Quotidienne

« C’est en faisant des erreurs qu’on apprend, et puis tu n’es pas là pour travailler, tu es là pour apprendre, calme-toi ». Ces mots d’Olivia à la jeune stagiaire entendus avant-hier alors que je rédigeais les transmissions, caché derrière une immense plante verte, je les ai trouvés sublimes, tellement ils me rappellaient ceux de Martine, l’infirmière qui m’avait accueilli un jour au SAMU. J’étais paniqué, je tremblais comme une feuille de mal faire et elle m’avait pris dans un coin, soulageant toute mon angoisse en quelques secondes, par ces simples mots.

J’avais alors passé un mois magique, délivré de toute pression, donnant le meilleur de moi-même avec tout le naturel et la bonne volonté qu’un salarié mis en confiance peut libérer lorsque son chef lui dit « vas-y, fais le, je sais ce que tu vaux ».

Avant-hier, c’était moi le chef. Je me suis alors levé de mon fauteuil, j’ai traversé le couloir et j’ai posé ma main sur l’épaule d’Olivia :
- Olivia, c’est très bien ce que tu viens de dire là, c’est très important pour la petite et je t’en félicite. C’est intelligent et c’est généreux, comme tout ce que tu fais ici depuis que je suis arrivé. Je suis super content de travailler avec toi, tu es une bonne professionnelle.

Elle m’a regardé, interdite. Sa bouche était ouverte en ovale, ses yeux perdus dans le vide n’exprimaient aucune émotion particulière. Il m’était impossible de déchiffrer l’expression de son visage. J’ai souri à la petite, retapoté l’épaule d’Olivia et je suis parti vers l’ascenseur où m’attendaient Kerena et Louise, les deux vieilles aide-soignantes, qui n’avaient pas perdu une miette de la conversation. Leurs visages à elles étaient par contre très expressifs : un dédain outragé et un mépris moqueur à mon encontre, explosant dans leurs yeux. Un faux sourire sur les lèvres qui articulèrent méchamment, alors que je m’approchais :
- Et béééééé, c’est pas à tout le monde que tu dis ça. Tu as tes chouchous ?
- Non. Je dis juste aux gens qui travaillent bien qu’ils sont de bons professionnels.
- Nous, tu ne nous le dis jamais. On est des mauvaises ?
- Tire tes propres conclusions comme tu les entends, Louise. J’ai dit ce que j’avais à dire. Vous m’excusez, je prends l’escalier, cet ascenseur est trop long à venir.


Le soir, alors que je m’enquérais auprès de Stéphanie du comment avait été perçue ma remarque, redoutant qu’elle eut été prise pour de la moquerie, Stéphanie me rassura :
- Elle est venue me voir, super excitée ! C’est la première fois qu’on la félicite ! Ici, on ne voit que les erreurs…
- Oh, tu exagères.
- En tout cas, on ne nous dit jamais quand on fait bien.
- Et bien moi je le dis. Ça me semble la moindre des choses. Il est tellement plus facile de repérer une imperfection.


Je suis partisan de dire aux gens que je les trouve bons dans leur job. Je suis de ceux qui n’hésitent pas à dire à leurs amis que je les aime et que je ne serais rien sans eux. Je sais que la vie est courte, qu’il faut tirer autrui vers le haut, sourire, ne pas se plaindre, donner sans vouloir recevoir, quoi. Mais comme j’ai tellement besoin qu’on me dise des choses positives, en ce moment, et puisque je crève de ne pas les entendre, il faut bien que je commence à les dire moi-même.


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