D'Ustaritz à Pau

Date 7/1/2008 5:30:00 | Sujet : Voyages



La maison d’Anne, à la sortie de Jatxou, est bâtie sur un promontoire qui domine toute la chaîne des Pyrénées. Qu’on aille à Pau en empruntant la nationale venant de Bayonne, qu’on revienne dans les terres, pour s’approcher d’Oloron Sainte Marie, qu’on veuille se baigner aux Thermes de Cambo ou qu’on fuie le pays, par une petite route, en direction de l’Espagne, vers Dancharia, on ne pourra leur échapper et, toujours, la confrontation laisse ébahi devant tant de perfection. Qu’il fasse moche ou que le ciel soit d’un bleu que jamais on ne verra à la Capitale, qu’il pleuve des cordes (et il pleut souvent) ou que le thermomètre grimpe tant et plus qu’il affole les vieux, elles sont toujours là, impériales, superbes. On se pose, un instant et on savoure.
Le prix à payer pour rester dans la région est élevé. Il y a peu d’emplois et la terre est devenue bien chère. J'ai habité à Toulouse, j'ai habité en Suisse, j'habite à Paris mais toujours je reviens dans les Pyrénées-Atlantiques, le plus beau département Français.


C'est cette route que je connais le plus, que je connais le mieux. C'est sûrement celle que j'ai empruntée le plus dans ma vie de conducteur, en sept ans d'aller-retour entre la fac et la maison des parents.



La chaîne des Pyrénées est visible quarante kilomètres avant l'arrivée sur Pau. Le proverbe déclare qu'elle n'est visible que lorsqu'il va pleuvoir bientôt mais les proverbes racontent beaucoup de conneries. Je ne vois la chaîne des Pyrénées que par beau temps (ce qui est normal) et forcément toujours avant que ça ne se gâte puisque je ne la verrai pas sous la pluie.

Ce sont les ciels bleus qui me manquent le plus, sur Paris. J'ai remarqué qu'il pleuvait moins à Paris que dans le Pays Basque, mais plus fortement. Je n'ai pas vraiment cherché à vérifier les chiffres de pluviométrie mais je le sens. Ce qui me déprime à la longue, ici, c'est ce ciel d'Ile de France, gris, nuageux, lourd. On voit rarement loin. Il y a si peu de hauteurs. Il faut monter à Montmartre pour enfin voir au loin...des immeubles à perte de vue. J'ai trouvé en banlieue, sur les hauteurs de Champigny sur Marne, un petit parc qui domine tout Paris, pile dans l'axe des monuments principaux. J'y vais autant que je peux. C'est un début de normalité, pour moi, quand le béton laisse place à l'herbe, quand les habitations ne dépassent pas deux étages, quand on peut se garer comme on veut, quand on a envie.



A force de prendre cette route, je connais les endroits où je peux doubler sans crainte, je connais les virages où il me faut ralentir. J'ai voulu m'arrêter sur le côté, pour une fois, et la regarder vraiment, ma nationale préférée. J'avais l'embarras du choix. Ca sentait la terre mouillée, le Béarn qui se mélange à la montagne.







L'arrivée sur Pau m'a toujours plu, quand je travaillais à l'Hôpital. Il faut la vivre une fois, cette arrivée au petit matin, en Février, le soleil rosissant et rougissant toute la neige au devant.La voie doublée amenant au centre ville donnait l'impression que nous entrions dans le Hall du Roi des Montagnes...L'effet est plus saisissant encore au coucher du soleil, assis sur un banc, près du chateau.



Quelques kilomètres plus loin, il faut garer sa voiture non loin du Boulevard des Pyrénées, malgrè le bordel inoui généré par les travaux de réaménagement du centre. Ne pas oublier ses classeurs d'étudiant, dans le coffre, son paquet de Lucky Lights, une petite laine qu'on mettra sous les fesses, lorsque la contemplation des Pyrénées deviendra douloureuse. (Les cafés du boulevard ne font pas d'effort pour le confort, le turn-over des clients s'en trouvant facilité). Tous mes partiels ont été bûchés là, devant ce paysage.



J'ai mes petites habitudes mais les lieux ont souvent changés, ces dix dernières années. Le Sangomar est devenu le Café Russe qui est devenu le Winfield qui est devenu je ne sais pas quoi. Le Black Bear ferme et ce n'est pas un mal, tout le prononcait le Black Beer. L'ancien cinéma qu'il remplaçait (et dans lequel je vis Rox & Roucky en 1982) risque de devenir un fast-food ou un skate-shop.



Le Château de Pau, sur la droite, à visiter (le berceau d'Henri IV: la fameuse carapace de tortue...), la longue promenade des Anglais locale (Le Boulevard des Pyrénées) qui permet de jeter un oeil en contrebas sur...la gare SNCF, toujours aussi laide (on y accède par un funiculaire gratuit), le Parlement et, tout au bout, à gauche, le casino, dont je vous parlais avec émotion du parc et de ces "folles nuits" il y a quelques mois.
De mon temps, on se garait sans problème. Mais dix années ont passé. André Labarrère (qui fit beaucoup pour moi, quand j'étais étudiant) n'est plus. Je ne connais pas le nom du nouveau maire. On dit que le Grand Prix de Pau n'aura plus lieu, que la ville s'est bétonnée, qu'il n'y a plus d'âme au centre. C'est un peu vrai.



Lamartine offre à la ville son plus beau slogan publicitaire : "Pau est la plus belle vue de terre comme Naples est la plus belle vue de mer". Un peu d'histoire...



Ce billet inaugure la série "Retour au Pays".



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