Faisons l'amour avant de nous dire adieu

Date 30/4/2008 16:20:00 | Sujet : Télévision

Photos exclusives, Copyright Benjamin Boccas 2008, son site
Billet publié sur le Post.



Goguenard ? Non, pas goguenard, plutôt amusé à l'idée d'aller rencontrer la vraie gagnante de la Nouvelle Star 2008, Cindy Sander, dans les locaux de M6.

Goguenard, je l'étais il y a quelques semaines, après son passage chez Delarue, qui m'avait tellement fait rire. Elle avait été humiliée en direct par une gamine de sept ans, j'avais trouvé la séquence délicieuse. Du pain, du sang et des jeux. La formule ne change pas.

Goguenard, oui, je l'étais, il y a quelques semaines, lors de son élimination au casting : ringardisée par le montage, le reportage ne lui laissait aucune chance. Son site Internet bourré de fautes d'orthographes, les clips vidéos cheap tournés dans son garage, le buzz qui monte grâce au Petit Journal People acheva la bête à mes yeux. L'ambulance était flinguée bien comme il faut, à l'heure du dîner, pour ne pas en rater une miette. Ah, qu'il était doux de rire de Cindy Sander, en bonne compagnie, celle des gens de Canal + qui savent de quoi ils parlent, on allait enfin pouvoir passer aux choses sérieuses en regardant le prime de M6.

« Pschiiiiiit » fit le bruit du candidat Hype trop gonflé à la Melonite, après sa prestation ratée sur la scène de Baltard. Des noms ? Oh, tous ou presque. Ca fait des procès avant d'être connu, ça cite Lennon en chantant comme Lenormand. Mauvais rêve, on se surprend à attendre Secret Story 2 pour être enfin épaté, c'est dire.
« Pschiiiiiit » fit le bruit du Nouveau Jury Recomposé, lorsqu'il daigne se réveiller après la énième merdouille entendue mieux chantée à la Starac deux mois plus tôt. Manœuvre compte ses futures abonnées, Sinclair regarde l'heure en ne voulant pas avoir l'air trop impliqué. Lio 2008 se transformant en Manoukian, mouillant tellement pour les candidats, sans honte aucune. Dommage qu'elle n'ait rien à promettre que son tatouage flétri en échange : n'est pas producteur qui veut. Et Pygmalion Manoukian pleure sa complicité perdue d'avecque Libé, Liane et Marianne, Dove ou Manu.

La magie du médiocre opéra alors : les regards lassés ou déçus devant bien se poser quelque part, l'espoir devant renaître, que diable, l'été n'arrivant pas. Sainte Effira, Sainte Effira, pourquoi nous as-tu abandonné ? On nous promettait Byzance, nous ne dépassâmes pas Chartres, et c'est déjà bien long d'y aller, à pied. Quelle hostie nous restait-il à nous mettre sous la dent pour enfin communier un peu avec les étoiles ?

Cindy Sander. Du concret, du lourd, du premier degré. Du buzz, de la France d'en bas, de la bonne tranche de variétoche comme on les aime, finalement, allez ,oui, avouons, le Top 50 a ses vertus que le prochain single de Radiohead n'offrira jamais au premier mariage venu, en Août, sous un chapiteau, quelque part en Loraine. On ne demande pas grand-chose, nous les foules sentimentales. Il faut voir comme on nous parle, ce qu'on nous vend. Du hype, de la pop rock, du Technikart ? Non. Nous on veut juste danser, s'amuser, oublier Sarkozy un instant : il nous fallait bien Cindy Sander pour ça. Oui, il le fallait. L'espoir Sander pour toucher enfin un peu de rêve du doigt, j'en ai besoin, moi. Je ne regarde pas la Nouvelle Star pour avoir l'air intelligent, je la regarde pour oublier un instant qui je suis. Benjamin ou Ikare me le rappelle cruellement : je ne suis rien mais eux non plus. Hélas.


Elle me fait mal au cœur, presque immédiatement. Le jean neige, la French Manucure, les mèches, le sourire adorable et le mari qui répond sur son Nokia au Tout Paris qui appelle déjà un peu moins que la semaine dernière. Les deux tirent avec application sur leurs valises à roulettes Tex, by Carrefour, qui font un boucan infernal sur les carreaux impeccables de l'entrée d'M6.

On se pose dans une salle d'interview, je la briefe deux minutes. A ses yeux, je comprends que mes explications ne serviront à rien. Je lui explique qui je suis, ce que je cherche à obtenir de l'entretien, la meilleure façon pour elle d'avoir l'air drôle quand je sors une horreur. Rien n'y fait, elle me sourit gentiment, en hochant la tête. Elle est venue pour répondre à une interview et toutes les interviews sont les mêmes à ses yeux : des questions, des réponses.


Photo ® Benjamin Boccas 2008

Je sens que c'est foutu dès la première question, je coule à pic. « Votre nom, c'est Braun ou Sander, alors ? ». Elle me répond que c'est pour honorer son papa qu'elle a choisi Sander et que, depuis son décès, elle porte ce nom-là toujours dans son cœur. Je jette un regard en coin vers le mari, pour voir si on se fiche de moi mais je connais déjà la réponse. Non, on ne se fiche pas de moi. Non, il n'y a pas de plan B ou de génie caché derrière le gigantesque buzz Cindy Sander.

Non, Cindy n'est pas la redoutable diablesse du Marketing que M6 a audacieusement fait éclore, à coup de contre-publicité et de vrais faux sites amateurs. Non, il n'y a rien derrière Cindy Sander, rien qu'une jeune femme affolée qui réalise un rêve de gamine, un rêve qui lui tombe en bloc sur les pieds, un rêve en or Massif (pour les producteurs derrière) ou plaqué Le Manège à Bijoux Leclerc (pour elle et son mari), il n'y a rien derrière Cindy Sander qu'un peu de chance, beaucoup de moqueries des premiers journalistes et une montagne d'espoir et de tendresse.

Je l'écoute. Elle trébuche sur mes questions un peu connes destinées à faire sourire les cliqueurs avides de rires narquois sur Youtube, mais elle réfléchit, elle fronce les sourcils, elle hésite sur ses réponses et s'agace que son mari lui souffle, ça y est, elle veut vraiment jouer le jeu avec moi et c'est bien là le problème.
Moi je joue. Pas elle.
Moi je venais pour m'amuser, pour toucher de la Star. Pas elle.
Moi je venais pour comprendre et je ne comprends que trop bien.
Moi je venais pour rapporter ce que j'ai vu, entendu, compris et je ne peux presque rien vous dire. Je ne peux pas. Ca reste là. Bloqué.

La phrase la plus éclairante que j'ai entendu cette année me vient d'un type que je n'ai pas aimé rencontrer, Guy Carlier. Il me disait « qu'on ne doit jamais rencontrer les gens, sinon on n'écrit plus rien sur eux ». Tellement vrai. Je n'aurai pas du rencontrer Cindy Sander. Dans quelques années, alors que personne ne se souviendra plus de son nom, je pourrais le dire : oui, j'étais là, un jour, avec elle, quand elle m'a confié avoir reçu le coup de fil qu'elle attendait depuis toujours. Oui, j'y étais et j'ai vu ses yeux qui brillaient de milles petits diamants en zircon déposés là par les requins autour.

J'étais là avant la pente, avant la chute. L'enfer, c'est comme une porte qui se referme toujours à la seconde où on touche la poignée pour l'ouvrir. Cindy la touchera devant les caméras de TF1, Alexia Laroche Joubert se battant pour acheter les droits de « Bienvenue chez les Sander ». C'est une émission que je ne regarderai pas : je déteste la corrida.


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