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Date 1/8/2008 6:50:00 | Sujet : Vie Quotidienne



Aujourd’hui, je me suis souvenu de la visite effectuée à la gigantesque buanderie inter hospitalière, durant mes tout derniers jours à l’école d’infirmiers. Nous visitons les lieux avec la patronne, qui se fait un honneur d’expliquer par le menu comment fonctionne son bâtiment, insistant tellement sur le moindre détail que nous ronflons tous passée la première minute. Chaque étape pour le linge est vendue comme capitale, chaque mot est plus superlatif que le précédent et les chiffres gigantesques qu’elle balance pour nous épater me font penser à Leonid Brejnev égrenant les résultats de l’agriculture communiste devant le Soviet Suprême. La femme semble aussi bête que vantarde.
- Nous passons ici devant la trieuse de linge sale, savez-vous que nous recevons le linge de 11 hôpitaux, qui nous ont honoré de leur confiance ?
- Pardon madame, je m’excuse de vous couper mais j’ai donné mes blouses à laver une fois et elles ne sont jamais revenues. Or moi je suis élève, je les paye 80 euros, ça me fait cher…
- Oui, moi aussi !
- Oui, moi aussi et deux fois même !
- Moi, on m’a perdu un pantalon !
- Moi, c’est une tunique !

Assaillie de remarques remettant en cause l’honneur de son établissement, ne pouvant plus en placer une dans un brouhaha magnifique et indigné, comme si tous les élèves infirmiers semblaient avoir perdu une partie d'une tenue (ce qui était le cas !), la patronne monte sur une chaise et hurle soudain, en dominant le groupe :
- ECOUTEZ MOI BIEN ! NOUS TRAITONS UN MILLION DE BLOUSES PAR AN ET NOUS N’EN PERDONS JAMAIS UNE SEULE ! VOUS M’ENTENDEZ ? JAMAIS-UNE-SEULE ! UN MILLION DE BLOUSES PAR AN !
Je la regarde, totalement sidéré par son aplomb :
- Vous traitez un million de blouses par an, un million, donc, et vous n’en perdez jamais une seule ?
- JAMAIS !
- La chance ! Moi je dois paumer une chaussette à chaque lessive que je fais et…

Arrive une jeune employée qui me coupe et interpelle sa chef, toujours perchée sur sa chaise :
- Madame Larrudy, j’ai l’hôpital de Tarbes au téléphone, ils veulent savoir comment on s’arrange pour les blouses perdues. La dame dit qu’elle veut vous parler à vous directement.

La patronne avait filé sous les hurlements de rire et les sifflets, alors que l’employé nous montrait, hilare, dans un placard, la benne réservée aux blouses dépareillées ou abîmées pendant le nettoyage, blouses qu’on jetait ensuite. Celles des élèves (payées par eux) n’étaient jamais remplacées.



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