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Date 2/8/2008 6:40:00 | Sujet : Vie Quotidienne


Quartier maitre infirmier Gerard Rouvray

Aujourd’hui, j’ai subi un peu plus la remplaçante qui vient sur mon poste, lorsque je suis en repos. Elle se fout complètement du travail, mais complètement, à un point qui me laisse dubitatif. Si elle ne se foutait que du boulot, encore, non, mais elle se fout encore plus des gens avec qui elle travaille.
Elle doit me remplacer pour mes vacances et accepte les dates que je lui remets. Par deux fois elle égare les jours de remplacements (nous ne travaillons pas sur des horaires de bureau du lundi au vendredi, une semaine je bosse uniquement le mercredi et le jeudi, l’autre semaine tous les jours sauf le mercredi et le jeudi, puis retour à la première semaine) puis m’annonce, à un mois du départ, qu’elle ne me remplace plus : elle a besoin de vacances. Nous embauchons quelqu’un d’autre et puis elle rappelle : finalement, je peux. Nous lui donnons encore quelques jours avant qu’elle ne nous prévienne de nouveau : finalement je ne peux plus.

Un soir, elle se barre sans poser de sonde urinaire, alors que le patient est en globe, que c’est une urgence et qu’on lui a demandé de le faire. Le médecin, par hasard sur place, furieux de voir que sa prescription n’a pas été exécutée, doit le faire à sa place.
Hier, elle m’appelle à 7h30 du matin, car elle ne connaissait pas le code d’entrée de l’infirmerie : je lui avais donné la veille, elle l’avait noté par écrit, visiblement au mauvais endroit.
Hier, elle m’appelle à midi, car elle ne trouve pas un casier à médicaments, au milieu des trente autres. « J’ai cherché partout ! ». Visiblement pas assez puisque je lui confirme que le casier est présent, rangé à sa place…par ordre alphabétique.

Je ne peux tout consigner, je ne peux tout raconter. La directrice n’en veut plus, elle l’avait foutue dehors avant d’accepter qu’elle revienne. Pourquoi la reprendre, alors que nous savons qu’elle se fiche totalement de bien travailler ?

En un mot : pénurie. Il n’y a pas assez d’infirmières dans ce pays. Sous-payées, épuisées, lasses des responsabilités croissantes, soumises à des pressions financières qui n’épargnent aucun domaine de la société, elles préfèrent faire des gosses ou, plus simplement, ne vont plus s’inscrire dans les écoles qui ont bien du mal à faire le plein. La ministre ne peut les augmenter (cela coûterait plus de trois milliards à l’état) alors elle brade la fonction, en attribuant des compétences à du personnel encore moins bien payé, avec zéro (ou presque) formation. J’espère que vous êtes jeune et bien portant…et que le prix mensuel de votre mutuelle n’est pas un problème. Parce que dans les années qui arrivent (mais ça a déjà commencé), vous allez devoir raquer de plus en plus pour un service qui ne sera pas exactement ce que vous avez connu dans le passé.


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Un billlet résumant pourquoi tous les cabinets infirmiers seront morts dans cinq ans, ici.

Extrait de "La dépêche du midi" :
Les professionnels des soins infirmiers sont inquiets. Dans le cadre de la grande réforme du système de soins, prévue à l'automne, le ministère de la Santé envisage de confier certains actes infirmiers (soins de toilette, distribution de médicaments, etc.) à d'autres types de personnels, auxiliaires de vie ou aides-soignantes.

Une mesure qui permettrait, selon le gouvernement, de faire face à la pénurie d'infirmières dans un contexte de réduction des dépenses de santé. Évolution démographique oblige, la moitié des 500 000 infirmières partiront à la retraite d'ici 2 012 !

Mais pour les syndicats, cette déréglementation n'est pas une solution. « Dans le domaine médical et paramédical, on ne peut pas déléguer les soins à n'importe qui », dénonce Daniel Jolivet, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI) pour la Haute-Garonne. « Les auxiliaires de vie ont un champ de compétences très limité. Le diagnostic infirmier est beaucoup plus complet, il assure la qualité et la sécurité des soins ». Daniel Jolivet accuse l'état d'avoir une simple vision comptable de la Santé, l'objectif inavoué de cette nouvelle mesure étant selon lui de « faire baisser le chômage » tout en « rognant sur les dépenses ».

Avec le vieillissement de la population, le « marché » de la dépendance est en effet en plein essor. La secrétaire d'état à la Solidarité, Valérie Létard, espère ainsi créer 400 000 emplois dans ce secteur avant 2 015. « Cela revient à niveler la santé vers le bas. Ce qu'il faut, c'est remplir nos écoles d'infirmières », estime Dominique Lahbib. La secrétaire générale de la CGT- Santé demande une revalorisation du métier d'infirmière. « S'il y a pénurie, c'est à cause des conditions de travail, qui ne cesse de se dégrader, et parce que l'état refuse de reconnaître le niveau bac + 3 de la formation, qui l'obligerait à payer plus cher les nouveaux diplômés ». En début de carrière dans la fonction publique hospitalière, une jeune infirmière ne touche qu'1,1 Smic.

Les malades aussi seraient touchés par cette mesure. Si certains soins infirmiers ne sont plus considérés comme « médicaux » et sont délégués à d'autres personnels, ils ne seront plus remboursés par la Sécurité sociale. « Au plus grand bénéfice des assurances privées », note Dominique Lahbib.






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