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Date 7/8/2008 6:20:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Aujourd’hui, j’ai allumé mon portable à 7 heures du matin, pile pour entendre un message de ma mère, la voix bouleversée, m’annonçant qu’ils venaient de tout perdre cette nuit.
En vacances en Bretagne, mon père a été dérangé par la lumière du rez-de-chaussée, en pleine nuit, sous la porte. Il ne s’est pas levé, pensant que mon frère était allé pisser un étage plus bas pour ne réveiller personne et avait oublié d'éteindre en remontant. Mon père a bien fait de se rendormir sans aller vérifier…
Au petit matin, en se levant, il constate que la cuisine est sens dessus dessous : toutes les affaires posées sur la table ont disparu. Sac à main, téléphones portables, papiers, cartes de paiement. Par chance, la veille, il avait monté le pc portable dans la chambre, et l’appareil photo, pour uploader les dernières prises de vues. En tâtant les clefs de la voiture dans sa poche, il descend dans l’allée pour voir si la C5 n’a pas été abîmée. Las ! Elle a disparu.
Bilan des courses, en quelques minutes :
Seuls en Bretagne, dans un petit village, sans carte d’identité ni permis de conduire, sans liquide ou carte de paiement, sans voiture, sans téléphone portable. Ma mère ne connaît par cœur qu’un seul numéro, le mien. La Maif n’ouvre ses portes qu’à dix heures trente (assureur militant mais pas pressé de se lever !) et leur annonce froidement qu’elle ne rembourse pas les voitures au prix du neuf, même lorsqu’elles ont moins de six semaines… Après avoir beaucoup insisté, ils obtiennent le prêt d’une voiture de location pour 48 heures mais aucune avance d’argent pour la faire avancer. Un voisin sympathique (il en reste, si, si) leur donne 100 euros, qu’ils puissent passer la nuit et rentrer le lendemain.
Je m’insurge alors, trouvant débile de passer la nuit dans une maison cambriolée ouverte à tout vent : ils ne vont pas se reposer, pourquoi ne pas venir me voir, je donnerai trois cent euros, on mangera à la maison et ce sera plus agréable pour tout le monde. Accepté.

Ayant à régler ce problème ainsi qu’au même moment, au travail, une hospitalisation forcée en psychiatrie, me voilà en train de faire le tour des médecins ne prenant pas de vacances au mois d’Août. Je mérite une médaille pour chaque numéro composé pendant plus de deux heures. Le seul psychiatre qui décroche est partant pour interner mon patient, sans même l’avoir vu, mais il me précise :
- C’est 250 euros.
- Oui, pas de souci.
- Non, mais je vous préviens, c’est réglable à mon arrivée.
- D’accord, d’accord.
- Et je travaille exclusivement avec les ambulances XXXX, qui vous prendront également 250 euros…
- Pas de problème.
- Vous êtes sûr ? Ayez la somme sur vous dès que nous nous présenterons.
(Il commence à me chauffer)
- Voulez-vous que je vous parle du cas ?
- Non, ce n’est pas la peine.
- Mais tout de même, que vous sachiez un peu qui vous allez interner !
- Non, vous n’êtes qu'infirmier, votre avis m’importe peu.
- Pourtant je suis le seul à prendre la décision ici de le faire, c’est donc que suis apte à le faire, que je me base sur…
- (Il me coupe)… Oui, oui, ils verront, moi je viens, vous me payez, ils l’enferment et puis si vous m’avez raconté des salades, il sortira dans deux jours, de toute façon, moi ça ne me regarde plus. Donc à demain, je serai là vers 10 heures.
- Ok. Le dossier médical sera posé à l’accueil ainsi que la carte vitale et le…
- Oui, on s’en fout. Assurez-vous que mon chèque soit prêt, surtout.

Sans voix, j’en étais sans voix.


(je ne raconte même pas la suite de ce qu'il a fait, vous ne pourriez croire qu'un psychiatre comme ça existe. Je dois faire partie des rares en France à encore avoir foi dans ce corps de métier et à encore m'étonner quand je tombe sur un barge. Un barge soignant des barges, seule la souffrance les sépare, et encore...J'ha-llu-cine)



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