61 Zyvatamère

Date 5/9/2008 20:10:00 | Sujet : Vie Quotidienne



Aujourd'hui j'ai réussi à tenir tête à la fille d'une patiente qui me fait surchier d'une force, mais d'une force, allant même jusqu'à lui dire que ses conneries (oui, oui, j'ai dit le mot) allaient coûter cher à sa mère si elle poursuivait dans cette voie (elle lui donne des médicaments en cachette).
Il y a une culpabilité énorme de l'enfant qui confie (abandonne) son parent à l'institution, culpabilité qui peut soit disparaître totalement à la signature mensuelle du chèque (6000 à 8000 euros pour une chambre, chez nous, tout de même), culpabilité qui peut se transformer en fuite totale, lointaine et sans retour ou, le plus souvent en haine viscérale pointilleuse et un peu pathétique contre nous, les soignants.
Tu me fais chier, tu fais chier mon équipe = ton paternel sera mieux soigné ? Réfléchis-y bien à deux fois, mon gars...

Un excellent billet du cardiologue Grange Blanche vous donne un avis définitif (le mien, également) sur le problème :

"Parfois les familles sont très pénibles.
Le pire type me semble être les « obsessionnels-inquiets ».
Ils traquent l’ensemble du personnel sur des détails au début insignifiants, puis arrivent presque systématiquement à mettre le doigt sur une grosse lacune.
J’en arrive alors à me poser la question : est-ce que nous commettons ces erreurs sous la pression dans ces cas particuliers, ou est-ce que l’erreur est systématique au cours d’une prise en charge médicale ?

Dans ce dernier cas, soit l’erreur n’a eu aucune conséquence (le corps humain est très résistant) et personne ne s’en est rendu compte ou on l’a discrètement poussée sous le tapis. Soit l’erreur a eu des conséquences, mais que personne n’a pu/voulu relier à la catastrophe finale (les tapis des soignants sont très vastes et très épais).
J’hésite, je crois qu’il y a un peu des deux.

En général, les familles pénibles sont un facteur de mauvais pronostic pour les patients. Le plus cruel et ironique est qu’elles sont intimement persuadées du contraire.
En général, dans les ambiances délétères, je fais le gros dos, ne bouge pas, noircit le dossier et accélère la sortie du patient en faisant de grands sourires. En gros, je joue au mistigri, et je constate que je ne suis pas le seul à le faire.
Tout l’inverse de ce qu’il faut faire en médecine.



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