55 La tour prends garde

Date 11/9/2008 20:20:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Le onze septembre 2001 (contrairement à ce que je raconte dans « La Chambre d’Albert Camus »), j’ai travaillé normalement, le matin, dans mon service de cardio, à Mulhouse, et puis je suis rentré sur Saint-Louis, à deux pas de la frontière suisse. J’ai garé ma voiture près du marchand de journaux et, en choisissant un mag, comme je le faisais alors à l’époque un jour sur deux, j’ai entendu une dame dire à une autre dame qu’un avion était tombé sur une tour, aux Etats-Unis. Je n’y ai pas prêté plus attention que ça. J’avais envie de pisser, je me suis dépêché de rentrer, j’ai allumé la télé pour programmer un truc sur le magnétoscope et c’était LCI.



J’ai dû rester plus d’une heure assis sur le pouf, à moins d’un mètre de la télé, sans bouger.
Quand j’ai eu mal aux yeux, hypnotisé, je me suis reculé et je me suis assis sur le canapé, dont je n’ai plus bougé jusqu’à minuit. Je ne mangeais pas, je ne buvais, je regardais, fasciné, la télé et je zappais d’une chaîne à l’autre. C’était la fin du monde et c’était en direct, là, tout de suite, dans ma vie à moi.

À minuit, ma vessie me faisait tellement mal que je suis enfin allé pisser. J’ai dû prendre un cachet pour dormir et, le lendemain, je me souviens encore de la une de Libération. Non, je n’avais rien rêvé, la veille. Tout le monde ne parlait que de ça, tout le monde, partout, tout le temps, tout le monde. La saturation a mis du temps à s’installer, peut-être une grosse semaine.

À ce jour, je ne peux voir la vidéo du deuxième avion s’encastrer dans la tour sans être parcouru de frissons dans tout le corps. Je suis autant bouleversé aujourd’hui qu’à l’époque. Ces connards ont changé mon monde, mes contemporains, ma façon de penser et de voyager, même aussi. C’est impardonnable. J’aurais aimé ne pas connaître ce truc de mon vivant pour pouvoir bénéficier du recul des années, j’aurais aimé que ce truc soit un événement du passé mais non, j’ai dû vivre avec, il m’a ancré un peu plus dans une société folle et malade que je déteste, qui détruit tout sur son passage, au nom du fric, du pouvoir, du pouvoir du fric. Le 11 septembre est pour moi une des premières marches qui mènent à la fin de notre civilisation, comme les Mayas, comme les Romains, comme tant d’autres avant nous. Je suis ravi de ne pas avoir fait d’enfants, avec un peu de chance, je ne serai pas là pour voir tout s’éteindre d’un coup. Le mal-être est déjà difficilement supportable, je souhaite sincèrement mourir avant de connaître la fin. Je suis sûr d'une chose : le capitaliste l'homme est tellement con qu'il n'a que ce qu'il mérite.





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