43 Régis

Date 23/9/2008 5:20:00 | Sujet : Vie Quotidienne

(Vous m’avez envoyé une photo qui vous touche, je la commente en écrivant un texte, comme si elle était mienne. Demain, peut-être, une autre photo)



Régis,
Quand tu trouveras cette lettre, il sera sûrement trop tard. Nous nous connaissons maintenant depuis vingt ans, tu sais que je n’ai jamais oublié cette rentrée des classes de seconde où je me suis assis à côté de toi et où tu m’as accueilli avec toute la bienveillance que tu avais déjà en toi. Nous avons passé vingt ans, donc, plus ou moins loin l’un de l’autre, tu étais dans les Alpes, j’étais en Suisse, tu étais à Toulouse, je partais vivre à Biarritz et quand toi tu y revenais enfin, moi je suis parti sur Paris.
Tu t’es marié, tu as eu un enfant, tu es parti, tu l’élèves seul, avec tout l’amour que tu as en toi, elle en a de la chance, la petite, tu es le meilleur papa du monde, le plus beau, le plus bon. Elle le saura un jour et elle te le dira.
Parfois on ne se parle pas pendant des semaines puis tu appelles, parfois on ne se voit pas pendant des mois et là je débarque. On écoute Abbey Road, on dévalise le traiteur Italien, tu me prêtes un gros pull parce que moi, maintenant, quand je ne suis plus en appartement, j’ai froid partout. Tu me conduis à l’Océan, deux rues derrière chez toi, on marche sur le front de mer, tu me parles des filles, ça te dépasse un peu. Je comprends pourquoi ça ne marche pas pour toi : tu as trop à donner, elles viennent se servir. Tu les équilibres et elles, ça leur va.
J’aime tout ce que tu fais : tu manges bio, tu fais du sport, tu ris en lisant des bd que tu as emprunté à la bibliothèque, tu accroches une carte du réseau de bus de Los Angeles dans les toilettes, tu pars marcher en montagne, tu cuisines sans y penser, tu te grattes la tête pensivement, tu m’écoutes avec tendresse, tu imites Alf, tu pardonnes à ta mère, tu détestes les vaccins, les pollueurs, l’argent facile et la société de consommation.

Quand tu liras cette lettre, il sera sûrement trop tard, tu n'as qu'à fermer ta porte, aussi, un peu, car je suis caché dans la cuisine et j’ai déjà fait des courses de bouffe pour huit, on va manger à s’en péter la panse et arrête de râler, toi au moins tu vas éliminer en faisant du sport, pas moi. Allez, Régis, viens et parle- moi de filles, parle- moi de toi, parle- moi encore et dis- moi des choses qui n’ont aucune importance, des choses que tu as sur le cœur, aussi, dis-moi tout ce qui va et tout ce qui ne va pas et puis rions encore un peu, parce que nous sommes heureux de nous savoir là, tous deux.



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