40 Mais arrête donc de tousser, j'entends plus le zapping.

Date 26/9/2008 12:00:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Mon compagnon se plaignait ce matin, longuement, que je ne prête aucune attention à son petit ramoneur mal de gorge de rien du tout, de rien du tout et qu’il aurait mieux fait d’épouser un médecin. J’ai ri de sa naïveté. Le pauvre, s’il savait.
J’ai au moins trois exemples.
Le père d’Emilie, médecin, a vu sa fille se tordre de douleur, par terre, clouée par une colique néphrétique de force 7 et, je le sais, j’étais là, ne se bougeait pas le derche du fauteuil avant qu’elle ne soit menaçante d’un procès. Elle était bleue comme la mer, elle se mordait les joues pour ne pas crier de douleur et il a mis deux jours avant de la piquer dans les fesses.
Le même, une fois, alors que je faisais une crise d’asthme assez gratinée :
- Ça ne va pas wouiyam ? (il m’appelle comme ça, depuis 13 ans, wouiyam) Tu ne manges pas ?
- Non, je m’étouffe.
- Oui mais j’ai cuisiné pendant deux heures, mange.
- Je crois que je vais aller aux urgences, plutôt.
- Mais non, mais non, c’est rien, reprends un peu de ventoline et mange, on ne va pas gâcher cette nourriture, j’y ai passé deux heures, je te dis.
- Je crois que je perds pied, je vois trouble.
- Mais non, allons, faut se ressaisir.

Une heure après, j’étais sous oxygène aux urgences avec 86 de sat. Les connaisseurs apprécieront.

Invariablement, et après chaque demande de renseignement médical, Hélène (médecin) soupirait longuement avant de nous balancer, définitive :
- Oh, arrête de te plaindre, ça se soigne avec de l’aspirine ou ça s’opère, point. Pour le reste, je ne veux rien entendre.

(elle a pas tort, la vieille, cela dit je déconseille l’aspirine en période de règle, aux personnes atteintes d’ulcère etc. etc. etc.)

Alors quand je vois mon compagnon se plaindre que je n’ai pas de cœur ou de patience pour l’écouter, je m’interroge : mais qu’est-ce qu’il me chante ? Les conjoints du cordonnier sont-ils aussi les plus mal chaussés ?
Oui, quelque part, oui, évidemment : à force d’entendre se plaindre des malades toute la journée (c’est d’un chiant tous ses gens qui ne me parlent que de leur tracas, de leur transit, de leurs bilans sanguins mais c’est mon métier, que voulez-vous, je souris et je pense à la France, ma pauvre Lucette) et de devoir les rassurer en tapotant la main, oui, le soir, forcément, à la maison, je suis moins réceptif à ses plaintes. Je renvoie sur le médecin dès la deuxième fois que j’entends un symptôme énoncé, je lève les yeux au ciel en l’entendant gémir et le voir le nez coulant m’agace au plus haut point.

Je ne vous parle même pas de moi, quand je suis malade, complètement nullissime dans ma propre prise en charge. Connaissant fort bien le milieu, j’attends d’être à l’article de la mort pour appeler le Samu et j’ai déjà failli mourir deux fois d’une crise d’asthme à cause de ça. Mais ça me gonfle, moi, d’être dépendant, que voulez-vous que je vous dise ?

Alors il plaint, il dit que je suis sans cœur, à la maison, une fois la blouse posée. Ouais, ouais. Oui. Mais c’est vrai : infirmier dans le civil, très peu pour moi, rien de plus chiant qu’un malade, si vous voulez mon avis. De toute façon, l’hôpital, ce serait le paradis s’il n’y avait pas les malades, on se le dit tous les jours avec les filles. On en rêve. Qu’est-ce qu’on serait bien sans les malades. On pourrait enfin bosser tranquille.


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