39 Fond de cour

Date 27/9/2008 10:30:00 | Sujet : Vie Quotidienne

- J’ai reçu un mail de Vincent, il est au fond du trou, son émission avec Marianne ne marche pas bien, c’est une vraie cacophonie, tout le monde parle en même temps, ils tentent le dîner de la dernière chance ce soir pour en parler, pour trouver une solution, ils doivent réfléchir à une nouvelle inflexion donnée à l’émission, c’est vital leur a t’on signifié en haut lieu.
- Ah ouais. Il doit stresser. C’est pour ça, alors…Ça y est, je comprends…
- Quoi ?
- Il m’a écrit, ce matin, il m’a envoyé un long mail où il me disait qu’il avait lu un de mes billets où je le critiquais gentiment (mais fermement), il reprenait point par point mon argumentation. Je me suis dit «mais il est fou, ce garçon, il bosse à la télé et il prend un quart d’heure de son temps tous les jours pour envoyer des mails à des inconnus qui écrivent deux conneries sur lui dans un blog ? »…
- Tu n’écris plus sur un blog…Tu touches une autre audience, là.
- Je ne m’en rends pas compte.
- À d’autres, Ron, pas à moi.
- Je te promets que je ne m’en rends pas compte.

Elle éclate de rire, moqueuse :
- Arrête de me prendre pour une conne : tu savais très bien ce que tu faisais en écrivant sur lui, tu savais très bien où tu mettais les pieds et tu savais très bien dans quel endroit tu le déposais, ton billet. Tu n’es plus sur ton petit blog confidentiel et tu le sais très bien.
(Moi, dans un souffle)
- Oui, oui, bon, bon, peut-être, admettons que tu as un peu raison.
- Il faut assumer ce que tu écris.
- Mais je l’assume, ce que j’écris, tu te méprends totalement, je l’assume, c’est juste que je ne comprends pas pourquoi il me répond, ça me déstabilise vachement, je ne joue pas dans ce sens. Tu comprends, avant, c’était simple, et j’avais envie que ça le reste : moi je vois un truc, à la télé, au ciné, au concert, je le mets dans mon blog, je dis ce que j’en pense et voilà. Si le mec est nul, je dis qu’il est nul, si le mec est con, je dis qu’il est con mais c’est super déstabilisant de voir le mec en question te répondre, c’est le mélange de ce monde qui n’existe pas en vrai et de mon monde qui est gênant.
- Ah, tu réagis comme le Troll qui avait menacé Castaldi, là.
- C’est-à-dire ?
- Ben tu dis « mon monde » et « son monde », tu ne comprends pas comment ce que tu écris peut avoir une conséquence alors que vous vivez tous deux dans le même monde et que tes écrits, quels qu’ils soient, ont toujours une conséquence. Tu as du talent, en plus, tu sais tourner les choses.
- Merci.
- Tu lui as répondu quoi, alors ?
- Que veux-tu que je te dise ? J’avais écrit qu’il était fade, que je m’ennuyais quand il apparaissait, je n’allais tout de même pas renier mes mots et ce que je pensais de lui, tout de même. En même temps, je l’avais en direct sous la main, tu me connais, je ne suis pas méchant sans raison, ni vicieux alors je suis resté correct et même j’ai tenté d’être drôle. C’est juste que ça me dépasse : si tu passes à la télé, tu n’écris pas à tous les mecs qui disent du mal de toi, merde ! Non ?
- Tu n’es pas « tous les mecs », tu écris sur Internet, sur un site lu.
- Ouais et bien ça me gonfle. Ça veut dire quoi, désormais, que je peux plus rien écrire ?
- Comme les copains.
- Non, alors.
- Regarde, pour Markos, tu savais qu’il était super mal après sa gaffe ?
- Oui.
- Je te l’ai dit rapidement, en plus.
- Oui.
- Ça ne t’a pas empêché d’écrire dessus en le soupçonnant d’homophobie…
- Oui.
- Tu trouves ça honnête ?
- Il ne s’était pas exprimé dessus publiquement.
- Non, mais tu trouves ça honnête ?
- C’était une info, c’était un point de vue, c’était le mien, j’avais besoin de le donner…
- Mais tu savais qu’il était mal, sur cette histoire.
- Je n’étais pas censé le savoir ! Oh, tu m’emmerdes, alors voilà, je dis plus rien, c’est ça ? J’écris plus sur personne, c’est ça ? Je me couche, c’est ça ? Genre si je déballe, je crache dans la soupe et c’est pas bien ou pire encore, si je déballe, on m’envoie des mails dépressifs qui feraient pleurer ma mère en suppliant d’enlever ce que j’ai écrit, on me prend par les sentiments, on demande du dialogue alors que je n’en cherche pas et tu sais bien que quand la victime dialogue avec le terroriste, le mec il est baisé, après. Ah, sérieux, ça devient n’importe quoi, là. J’ai quand même le droit d’écrire ce que je pense, non ?
- Ils ont le droit de te répondre.
- Et bien je ne vois pas l’intérêt.
- Mets-toi à leur place. Tu contactes les mecs qui écrivent sur toi ?
- Pas tous. Mais oui.
- Et ça ne te choque pas, dans ce cas ?
- Mais ce n’est pas le même niveau ! Je ne joue pas dans la même cour que Vincent de la télé
- Tu as changé de cour sans même t’en rendre compte. Bienvenue au club.
- Tu délires.
- Tu te caches la vérité à toi-même.
- Oh, je le saurais, si j’avais changé de cour.
- Et bien, dans ton intérêt, mais sincèrement, hein, vraiment dans ton intérêt, ouvre grand les yeux et regarde-toi. Ça doit faire longtemps que tu n’as pas fait de bilan.




Ah, alors, il paraît qu'il faut faire un bilan. Je suis pas vraiment doué pour ça.






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