38 Sisyphe

Date 28/9/2008 8:20:00 | Sujet : Vie Quotidienne



Entendu cette phrase très sage, de la bouche d’un agent:
« - Quel que soit le métier artistique, si le type, passé 30 ans, n’a pas réussi à en vivre correctement, je lui conseille de changer de métier. On pourrait dire, en étant totalement honnête allez, maxi jusqu’à 25 ans. »

Entièrement d’accord. J’ai eu à subir au boulot les états d’âme d’un créateur de vêtements streetwear (qui se débrouillait pas mal, il portait ses propres créations mais ne cassait pas trois pattes à un canard non plus) homme de 42 ans, qui pestait toute la journée d’avoir à arroser des fleurs pour vivre, renâclait devant toute tâche physique et ne parlait que de ses vêtements, de sa haine de ne pas être reconnu.

Mais il était homme d’entretien à mi-temps chez nous, point final. Le boulot était mal fait, il détestait être là, sa fainéantise nous causait à tous des désagréments. Il n’arrêtait pas de me dire que je pouvais le comprendre puisque, moi aussi, je créais. Je n’essayais même plus de lui expliquer que je travaille plus de cinquante heures par semaine depuis deux ans pour payer le loyer et vivre mon plaisir, moi. Non, il ne voyait que sa situation, son amertume et souhaitait plus de temps pour créer. Du temps pour créer ? Je crois surtout qu'il manquait de temps pour réfléchir à sa situation. Triste.
Dans mon esprit, depuis toujours : je paye mon loyer et ensuite je m’amuse.
D’abord les devoirs, ensuite le ballon.
Il arrive quelque chose ? Tant mieux.
Il n’arrive rien ? Sens toi déjà heureux d’avoir pu t’amuser au ballon.

Vivre mon plaisir n’est pas vivre de mon plaisir mais c’est déjà un plaisir et c’est déjà énorme : je me contente de ce que j’ai, ça me plait, ça m’alimente, ça me booste mais surtout, ça me pousse à travailler encore plus.
Je n’ai eu ce que j’ai obtenu depuis trois ans qu’à force de travail et de joie dans ce travail. Je suis heureux d’être là, je le sens et, la plupart du temps, je ne demande rien de plus, j’essaie de ne demander rien de plus. Je suis heureux du moment présent, ça m’a pris des années pour en jouir. Je n’attends rien (j’essaie de ne rien attendre) : je me concentre uniquement sur le plaisir pris dans mon travail. Et je travaille pour moi, surtout. Je crois que c’est la base.



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