Migraine Ophtalmique

Date 19/7/2007 6:40:00 | Sujet : Vie Quotidienne

(Désormais, à chacune de mes migraines, je remonte ce texte. Histoire de voir la fréquence)

Dimanche 16.04.2006 durée : 2h (possibilité déclenchement par Vin Rouge et Amandes), 1 Zomig, 1 Propofan, Douleur présente 12 h plus tard, Douleur au plus fort de la crise : *****/10

Nuit Samedi/Dimanche 23.04.2006 durée : 3h (possibilité déclenchement par promenade au soleil), 1 Zomig, 1 Xanax pour dormir, Douleur présente 5 h plus tard, Douleur au plus fort de la crise : *******/10

Je déteste mes migraines ophtalmiques, je les hais, je les souhaite à mon pire ennemi pour le voir ramper vers son lit et maudire le Créateur de cette torture insoutenable (bon ok je n’ai plus de pire ennemi) en se tenant la tête à deux mains.
C’est atroce, punaise, c’est atroce.

Je suis là, tout va bien, je parle, je ris, je mange une glace tranquille ou je lis un bouquin, et d’un coup, d’un seul, pof.
Il me manque un espace dans ma vision, une sorte de trou invisible s’est formé dans mon champ visuel, je vois mais je ne vois pas bien, c’est comme un puzzle complet auquel on enlèverait des pièces vers le milieu, à gauche.
Tout allait bien, et d’un coup, d’un seul, c’est l’horreur, ça y est, je suis en crise migraineuse.

Cette phase dure une dizaine de minutes et annonce sans tambour ni trompette, la suivante, la plus gênante, la phase de l’ »aura ». Fabuleuse, celle-là, vraiment, je vous la conseille si un jour vous cherchez une maladie invalidante, une bonne migraine avec aura, je vous garantis entre quarante-cinq minutes et douze heures de pur plaisir.
Rien que de l’écrire, je revis ça, j’en suis mal.
L’aura, c’est une sorte de zigouigoui translucide, multicolore, en arc de cercle, en colimaçon ou en trait droit, en étoile des fois (la pire) qui envahit votre œil et clignote comme un fou. Votre bouche devient pâteuse en un instant, sèche, vous êtes nauséeux et tout vous insupporte.
Exemple, là quand je regarde la pendule en plein crise, voilà ce que je vois :

Le bruit, la lumière, les odeurs, tout est pénible, tout est insupportable, et je ne désire qu’une seule chose : mourir là, ici, tout de suite, pour que cela cesse.
Parfois, au bout d’une heure, le phénomène disparaît aussi rapidement qu’il est arrivé.
Plus rien.
Juste une photophobie importante, un peu de mal pour se déplacer, la tête lourde, des vertiges, mais je suis opérationnel en une heure, voire deux. C’est la phase la plus marrante pour les gens qui me côtoient puisque quelle que soit l’heure, le lieu ou la luminosité, je dois porter des lunettes de soleil pour vivre. Si, si. Pendant deux bonnes heures.
Imaginez la gueule des patients dans mon service, quand je rentre dans les chambres, habillé en infirmier, avec mes Ray-Ban sur le nez.
- Bonjour, madame, je viens vous prendre la tension.
- Euh, oui, mais euh ?
- Je sais, je sais, j’ai une petite migraine, mais je suis l’infirmier.
- Ah, d’accord ! (regard de côté, elle me prend pour un doux dingue et me tend son bras droit avec suspicion)

Autre moment de délice, quand je travaillais dans le médico-social, la réunion annuelle avec le directeur de l’établissement, en présence des représentants des parents, de la directrice de la caisse primaire d’assurance maladie, de ses adjoints, de toute l’équipe éducative, des kinés, des ergo, des psychomotriciens, de l’assistante sociale, des psychologues, bref, au bas mot vingt-cinq personnes autour de la table.
On n’attend que l’infirmier pour débuter la réunion, et je suis un peu à la bourre, forcément, j’attends la mort dans le poste de soins, et je prie pour qu’une bonne âme m’achève rapidement.
Le téléphone sonne.
« Ron mais qu’est-ce que vous fichez, on vous attend, merde !! »
- Je suis obligé de venir ?
- Vous vous foutez de moi ?? Qui va faire le bilan du service médical ?
- Euh, je peux le donner à l’élève infirmier, il sait parler en public.
(Grognement dans le téléphone, le directeur pète un câble) :
- VENEZ ICI TOUT DE SUITE !

Et voilà l’infirmier qui met ses lunettes de soleil, remonte le couloir en se tenant la tête et entre presque à tâtons dans l’immense salle de réunion, rouge comme une tomate et dévisagé par cinquante yeux stupéfaits de le voir si relax. Mon élève me désigne les deux fauteuils de libre, à la droite de la direction, et j’avance péniblement en me prenant les pieds dans un sac à main. Ambiance.
Le directeur manque de faire un malaise et me souffle, en se penchant, avec un sourire de façade :
- Mais OU vous croyez-vous Weasley ?
- Je vous demande pardon, je fais une migraine ophtalmique.
- Enlevez ces lunettes !
- Je ne peux pas, je ne vais plus rien voir, déjà que je suis mal.
- On s’expliquera après, je suis furieux.

Je ne vous parle pas de la douleur qui siège ensuite dans mes tempes, ça va du péniblement supportable à l’indicible.
Une fois, j’ai eu tellement mal, la pire douleur de ma vie, pire qu’une colique néphrétique, oui madame, que j’en pleurais dans mon lit.
Comme si… comme si un coin de parpaing gris essayait de rentrer au dessus de mon arcade sourcillère, par à-coups. Ca a duré trois heures, j’ai failli partir aux urgences, je me serais flingué pour que ça s’arrête. Douche froide, douche chaude, massage, bains de pieds, Nurofen, Surgam, aspirine, Doliprane, Efferalgan codéiné, Propofan, Voltarène, Euphytose, Di-Antalvic, Forlax.
La dose était depuis longtemps dépassée, rien ne faisait effet.
( NE FAITES PAS CA CHEZ VOUS !)
Et puis, pof, c’est parti.



Si je conduis, l’angoisse devient maximale, car je ne vois quasiment plus rien.
Obligation de trouver une aire de repos, un endroit tranquille.
Si je travaille et que par chance je suis en équipe, je n’existe plus pendant soixante minutes, et on ne peut plus compter sur moi. Je m’enferme généralement dans un placard à balais, recroquevillé, en boule. Mes collègues prennent le relais.
Si je suis le seul infirmier du service et que tout repose sur moi, dommage. Les aides-soignantes parent aux urgences, je garde le téléphone au cas où, mais je suis tout de même dans mon placard à balais.
Au cinéma, c’est l’horreur, je suis coincé, je ne peux rentrer chez moi, je ne peux qu’écouter le film (« Stalingrad « et « Hulk », je les ai entendus, remarque pour Hulk, je n’ai pas loupé grand-chose)
Au restau, je pars en payant, même si j’en suis à l’entrée, et je m’enferme dans la voiture.
Chez moi, je décroche le téléphone, je baisse les volets, je mets mes boules Quiès, et je m’enfonce sous la couette, avec deux Surgam dans l’estomac, en pensant à la mer, à la plage, à des choses douces et agréables. Des souvenirs d’été ou de vacances.

J’ai remarqué que c’est périodique, comme un cycle menstruel, que si je les note sur mon calendrier, je les vois revenir régulièrement, tous les vingt à vingt-sept jours, en gros.
J’ai remarqué que « ça » se déclenchait plus après avoir mangé des amandes, de l’avocat ou des cerises.
J’ai remarqué que ça arrivait souvent quand je prends l’avion, en cassant le rythme mensuel (genre j’ai mes règles deux fois par mois, sympa !) et même deux fois dans la même journée si c’est un petit avion.
J’ai compris que je dois prendre un cachet dès l’apparition des signes avant-coureurs, même si la crise n’arrive pas.
Et j’ai aussi compris que les gens ne savent pas que ça existe. Ou peu. Et qu’ils croient que je suis un peu tapé dans ma tête à moi.
De zéro à dix, aujourd’hui, si je devais noter les soucis réels de ma vie, zéro étant l’absence de souci et dix le souci maximal, je mettrais un neuf à ces migraines.
Pour vous situer, prendre le métro qui pue, c’est deux.
Marcher dans une merde de chien, c’est trois.
Ne pas reprendre des frites, c’est quatre.
Et conclure mes billets sur le site, chaque jour, c’est cinq.



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