Les p'tits papiers

Date 31/1/2007 17:00:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Je n’aime pas qu’on écrive devant moi avec un crayon à papier sur un bloc-notes, je prie mentalement en pensant à une surface dure, je demande qu’on détache une feuille du bloc pour la mettre sur la table sinon je change de place.

Je n’aime pas toucher du carton, déchirer du carton, je pince les lèvres quand je dois en porter, en toucher, en scotcher.

Je n’aime pas toucher le papier toilette, comprimer un rouleau de papier toilette (comme dans la pub, quand ils appuient dessus pour voir s’il est moelleux), toucher le carton sombre du milieu et utiliser la dernière feuille pour la détacher avec un affreux bruit de colle. Je n’aime pas manipuler le petit rouleau central une fois qu’il faut le jeter, je prends des pincettes, généralement, et je le dépose à la poubelle en pinçant les lèvres à nouveau.

Je n’aime pas toucher le papier kraft, le papier vélin, le papier Canson, le papier buvard.

Je déteste les gens qui mettent du papier dans la bouche, qui en mâchouillent.

Je déteste chiffonner une feuille de papier pour la mettre à la poubelle, ça me rend physiquement malade, je la plie soigneusement et je la pose par dessus les autres, tout aussi soigneusement pliées.

Je n’aime pas les livres dont le papier est si rugueux qu’on le sent granuleux au toucher, je ne peux pas les finir, jamais.

Je déteste les gens qui déchirent du papier devant moi, des feuilles, un journal, du carton, des magazines.

Je n’écorne pas les livres, je ne casse pas la reliure, je ne les pose pas sur la tranche, je n’abîme jamais la quatrième de couverture, mon père me disait toujours avec énervement que je ne devais pas les lire tellement ils avaient l’air neuf, même des années plus tard.

Je n’aime pas les gens qui écrivent dans les livres, qui tachent les livres, qui déforment les livres, qui lisent trop les livres : une quatrième de couverture « molle » et je ne peux lire le bouquin, je préfère en acheter un neuf.

Je ne peux pas poser sur mon drap de lit un livre qu’on m’a prêté ou une revue que j’ai volée (oui, je vole les revues dans les salles d’attente, mais jamais celles dont la date est supérieure à trois mois). Je note dans un carnet vert le nom de la revue et le nom du praticien chez qui je la vole, en vue d’une poésie dadaïste, d’un bestiaire qui ne sortira jamais de mon imagination.

Je note également le nom et la date de la revue la plus ancienne que je peux trouver.
Une fois, et c’est mon sommet personnel, j’ai trouvé un Paris Match de 1982 chez un gynécologue dont je tairai le nom, seize ans en salle d’attente, record battu.

Je me permets également d’apporter une revue personnelle, chez un médecin avec qui j’ai prévu une série de rendez-vous, et ce à la dernière date. Je note généralement mon numéro de portable en bas de page, quelque part dans la revue, et, à mon grand regret, je n’ai jamais eu un seul coup de téléphone. J’aimais cette idée folle et un peu désespérée d’attendre le coup de fil d’un ou d’une inconnue assez curieux(se) pour essayer de joindre un autre inconnu dont il/elle aurait trouvé la trace dans la salle d’attente de son analyste. Ça ferait un premier chapitre de roman moderne et assez parisien…)

Je reprends : « Je ne peux pas poser sur mon drap de lit un livre qu’on m’a prêté ou une revue que j’ai volée » car je n’aime pas poser des choses de la rue (i.e. sales ou non tachées de façon domestique) à l’endroit où je pose ma tête.

Je n’aime pas qu’on lise le journal avant moi, je veux être le premier à le déplier, je n’aime qu’on en change les pages de place, je n’aime pas qu’on le lise au-dessus de mon épaule, qu’on le commente avant que je ne le lise, qu’on le pose n’importe où, qu’on le garde plus d’une journée.

Je jette le journal le soir, rien ne me déprime plus qu’un journal de la veille posé sur une table à mon réveil.

Je ne lis pas le journal debout, ni dehors (le vent, punaise, le vent dans le journal, qui plie et tourne les pages, le vent me rend fou), je ne lis pas le journal après douze heures, je lis le journal le matin, au petit matin si c’est possible, je le lis allongé sur mon lit, un oreiller sous ma poitrine, je le lis de la première à la dernière page et je saute les pages sportives, toujours, oui je saute toujours les pages sportives (je ne sais pas ce que c’est qu’une poule et je m’en contrefous, le corner n’a aucune utilité dans ma vie, et les supporters de Lens doivent avoir une vie de merde, probablement) mais je lis les petites annonces de Libé, de la première à la dernière, en me demandant si le pigiste qui précise « Collaborateur journal cherche loyer ridiculement bas » aura la chance de trouver chaussure à son pied et la décence de payer sa mensualité avec rigueur, vu l’innocence et le culot assumé de son annonce. On sent un je ne sais quoi de bananier et de puceau dans une telle demande, un peu de désespoir et une touche de ridicule. Un type qui monte de la province pour écrire quatre paragraphes retoqués par Serge July et qui n’a pas de quoi se payer un T2 décent dans un arrondissement bobo, alors qu’il donne du prêt à penser sur les grands de ce monde à la foule sentimentale qui le lit, chaque matin, c’est comme cette chanson d’Aznavour, le type se voyait déjà en haut de l’affiche mais non. C'est triste une vie de pigiste, en somme.)

Je n’aime pas les gens qui réservent une revue chez le buraliste, je trouve ça con.

Je n’aime pas les revues qui paraissent plus vite que mes semaines, j’ai l’impression de rater des mois, je n’aime pas les revues qui paraissent plus longuement que mes semaines, j’ai l’impression qu’elles ne sortent jamais et elles me manquent tellement à la dernière page que je regrette presque de les lire.

Je suis abonné ou je lis sans déplaisir :
Q magazine, MOJO, NME et DVDReview (en anglais)

Paris-Match, Capital, 20 ans, Closer, Voici, Le monde 2, La Vie, Elle, Beatles Monthly Book, 007 Magazine, Lire, Le Figaro, Libération, Les échos, Le Point, Marie-Claire, L’express (selon la couverture) et L’expansion

Je ne lis plus (ça pue)
Première
Biba
Télérama
Télé 7 jours (sauf chez les gens, un plaisir coupable, mais c’est moins bien qu’avant)
Jours de France

Je lis parfois (mais je le regrette souvent)
Mad Movies
Tecknikart (comment ça s’écrit ?)
Le Canard Enchaîné
VSD



Je garde les numéros de Studio Magazine du numéro 1 au numéro 82.
Chez mes parents.

Je possède trois éditions des livres de Ian Flemming, une par titre.

Le livre que j'ai le plus lu : Madame Bovary.

Le livre que j'ai le moins lu : La Conjuration des Imbéciles (pas pu dépasser la page 20).

Le livre que nous avons en commun lui et moi : Les Sabines (de Marcel Aymé, le plus grand de tous, sincèrement.)

Le livre que j'ai laissé sur la table basse pour impressionner Pierre-Julien : "Votre chat est-il de gauche ou de droite ?"

Le livre qui m'a fait le plus peur : Le Fléau, de Stephen King.

Le livre que je conseille toujours à ceux qui ne savent pas quoi lire la semaine prochaine: "Je croyais que mon père était Dieu", de Paul Auster.

La phrase que je dis désormais sans en penser un traître mot, pour qu'on me fiche la paix sur les derniers livres à la mode :" Désolé, je ne lis que des auteurs morts".
J'ai deux influenceurs pour tous mes textes : Nicole de Buron & Armistead Maupin.

J’achète les livres à la couverture, jamais au résumé.
Je ne lis pas la dernière page d’un livre avant de le commencer.
Je lis moins de deux livres par an, je n'en ai plus l'envie.

J’ai eu une dédicace d’Elizabeth George dont je suis très fier, et une de Laure de Lattre, dont je suis moins fier.
J'ai une dédicace de Corinne Tannay, qui m'a laissé pantois, et une de David Abiker, qui m'a collé le sourire.

Quand je signe le mien, parfois, j'oublie que je ne m'appelle pas Ron et je mets mon vrai prénom. Je m'en rends compte subitement, je gribouille par-dessus et ça fait craspouille.

J'ai déjà le titre du prochain. Quand vous me demanderez comment j'ai pensé à ça, je vous répondrai mystérieusement "Les Pet Shop Boys", en hochant la tête trois fois. Et à la question "ça fait quoi de sortir un livre ?", je réponds toujours (depuis que je l'ai trouvée): "Comme un lendemain de résultat de bac. On est vaguement heureux pour un truc important mais on sait que la vie ne se résume pas à ça, hélas.".


Cet article provient de Ron
http://ron.infirmier.free.fr

L'adresse de cet article est :
http://ron.infirmier.free.fr/modules/news/article.php?storyid=621