My big fat jewish wedding.

Date 1/11/2006 6:40:00 | Sujet : Sexe

Je sonne à la porte de l’immense appartement privé qui occupe deux étages. Une sorte de machin un peu bizarre est accroché à la chambranle, sur le côté droit. Je me demande si c’est pas un truc de secte ou bien et d’un coup la porte s’ouvre.
Une jeune femme, mon âge, un peu ronde, brune, longs cheveux, m’ouvre la porte en s’exclamant :
- Aïe c’est vous le nouveau infirmier ! Que vous êtes beau, quelle belle voix vous aviez au téléphone, ohlàlàlà, je me suis dit qu’on perdait pas au change, aie, ça non, quels yeux, quels yeux… Voyons votre main gauche, aïe mais c’est la main de la liberté, vous n’avez pas d’alliance !! Vous n’avez pas d’alliance !!

Je la regarde, un peu amusé, je suis toujours sur le pallier :
- On va faire les soins entre le paillasson et l’ascenseur ?
- Aïe mais je manque à tous mes devoirs, non, ichkénoull ( ?), entrez, entrez, venez, oh que ça fait plaisir de voir un beau jeune homme encore sur le marché, aïe. Vous êtes ashkénaze, je suis sûre, ne me dites pas, je le sais, je sais ce genre de choses, vous êtes ashkénaze!
- Je sais pas, c’est quoi, azkénaz ?
- OOOOOH NE ME DITES PAS A MOI QUE VOUS N’ETES PAS JUIF ! Je ne vous crois pas, ichkénoull, je ne le crois pas, c’est impossible.
- Mhum ma grand-mère est juive mais je suis catholique.
- Donc c’est bien ça, vous êtes juif !
- Euh…
- Mais tout le monde est juif, même Jésus il était juif, allez va, vous êtes juif, je le savais tiens, ischkénoull, je le sentais ! Alors…Comment elle s’appelle ?
- Madame Bol, on va commencer par les soins….
- Yéyéyéyéyé ! Comment elle s’appelle, la chanceuse ?
- La Marmotte.
- Hé ?
- La Marmotte !
- Oh vous êtes homosexouel ? Je ne le crois pas ! Et comment on fait, nous, pour continuer à vivre ? Vous savez qu’on perd chaque année quinze mille âmes dans le troupeau ? Quinze mille âmes jamais renouvelées ! La vérité, la voilà, la vérité, on est en voie d’extinction. Oy ! Un beau garçon comme vous, si c’n’est pas misère faite à la femme, mais attendez, attendez, on va prendre le café avec le gâteau.

Elle se tourne vers les chambres :
- Ingriiiiiiiiiiiiiid ! Ingriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiid ! Va chercher Max au sixième, cours, va chercher, il étudie, va !

Une gamine sort de sa chambre et regarde sa mère, interloquée :
- Pourquoi, je dis quoi ?
- Dis lui que j’ai une surprise pour lui, qu’on va lui trouver quelqu’un de bien.
- Je monte.
- Ya ya monte. (puis elle se tourne vers moi) Et vous, canapé, allez.

Elle me montre l’énooorme canapé en velours du salon et part dans la cuisine préparer je ne sais quoi. Je l’entends me parler de là-bas et je commence à comprendre. J’hésite entre l’ahurissement le plus total et le fou rire mais je ne veux pas partir sans avoir vu ce qui doit descendre. Elle monologue :
- C’est Max, mon neveu, il a 28 ans, il est en sixième année de médecine, un beau parti, un beau garçon, il est gentil, il est très très bosseur, il ne voit jamais personne, il passe sa vie dans les livres, si nous on lui trouve pas un garçon, qui va lui trouver, qui ? Il est doué pour tout, il est bien éduqué et (elle revient avec un plateau qu’elle pose sur la table du salon) on est là, nous, on est derrière, la famille, on a de quoi vivre, hein, on a de quoi vivre. Je vais vous dire quelque chose, Ron, quand on rentre chez nous, dans notre famille, on manque de rien, jamais, on ne se sent jamais seul et ça croyez-moi, on ne se sent jamais seul. Vous connaissez les grandes réunions du Rabbin Sitruk, à Neuilly ?
- Non.
- Il faut venir, il faut venir, Max va passer vous chercher la semaine prochaine. Vous ferez mieux connaissance dans la voiture. Et après, comme ça, vous pourrez discuter de tout, il est très « enfants » vous savez, comme ça, pas d’histoire, vous pouvez adopter et avoir vous aussi la descendance, c’est une belle histoire de famille qui continue malgré tout, malgré votre… vie… Vous connaissez Israel ?
- Non, pas trop. C’est pas très gay-friendly, il paraît !
- Aïeaïeaïe mais il me raconte des bêtises sur les choses de la vie qu’il ne connaît pas. Jérusalem, je dis pas, c’est très très religieux, c’est normal, c’est le berceau de la vie, du monde, mais Tel-Aviv, Tel-Aviv, mon pauvre, vous allez à Tel-Aviv, les plus beaux garçon du pays ils y sont, ils ont même des plages à eux, ils peuvent s’embrasser, oui, sur la plage, il font la gay-walk…
- La gay-pride ?
- Oui, la gay-pride, bien sûr, comme partout, vous savez, moi je travaille dans une banque et comme on dit chez nous « on va vous faire changer d’avis sur les Juifs ».

J’explose de rire.
Elle me regarde :
- Vos yeux ! Quelle beauté ! Vos yeux !
- Oh, arrêtez.

Un grand brun vient de passer la porte, en chaussettes. Pantalon noir, chemise blanche, petites lunettes fines, grands yeux clairs. Peau mate. Très très belle bête, effectivement, de concours, un vrai de vrai, un de ces garçons magnifiques qui me font détourner les yeux quand je les croise en sortant de la synagogue, le vendredi. Ou le samedi. Je sais jamais. Je sais plus. De toute façon, je ne pense à rien, je le regarde.
Il est beaucoup moins gêné que moi.
Sa tante fait les présentations :
- Max, c’est Ron, et Ron, voici mon neveu Max. (elle se tourne vers lui) Il est infirmier et il est très bien payé, tu sais. Sa grand-mère est juive. Tu vas aller le chercher pour qu’on l’emmène écouter le Rabbin Sitruk.
Le type rigole, très dédaigneux et souffle vers sa tante en me regardant du coin de l’oeil :
- Daria… Tu ne crois pas que tu abuses un peu ? Je suis désolé, monsieur, mais franchement, je n’ai pas de temps à perdre…
- Non, non, c’est moi (je rougis de me prendre un tel vent d’une telle force, le type me regarde comme une merde de cacatoès sur un tapis Persan). Je disais justement à votre tante qu’on allait faire les soins et…

La tante me coupe avec vigueur et force son neveu à s’asseoir sur le pouf. Il cède de mauvaise grâce, sirote en quelques minutes son café sans me jeter un seul regard puis finit par partir, en me serrant mollement la main, vers ses chères études. Je suis mortifié. La conversation meurt à petit feu. Je vérifie mes rendez-vous du matin dans mon filofax. Puis je me lève et fais mon soin. Un peu blessé. La dame ne dit plus rien. Elle essaie à un moment de plaisanter mais je n’esquisse pas un sourire.

En partant, je me tourne vers elle :
- Bonne journée, je vous laisse… Et… dommage… Vous savez, c’est comme pour les hétéros, il faut un minimum d’attirance physique, ça serait trop simple, sinon…
- Oui, oui, je suis déçue, voilà, je suis déçue. Il ne ramène personne, on ne le voit pas sortir du tout. Je ne veux pas qu’il finisse seul. Quelle déception ce serait pour nous tous.
- Bien sûr. Mais bon, c’est un peu violent comme mode de rencontre. En plus, j’ai quelqu’un, je vous l’ai dit. Et puis je me suis pris un gros vent, là. Je ne veux pas critiquer votre façon de faire mais c’est un peu blessant quand ça arrive de cette façon.
- Comment auriez-vous fait à ma place ?
- Ben, je sais pas, on prend un verre, on discute, mais là, deux adultes, comme ça… Avec vous au milieu qui joue la marieuse… Et puis je ne suis pas dans la même ligue, hein. C’est du très beau mec, ça, pas moi.
Elle soupire :
- Et il est seul, pourtant. Vous ne connaîtriez pas quelqu’un, par hasard ?
- Non. Désolé. (et aucune envie de chercher là tout de suite !)


Je repars dans l’ascenseur, je me sens un peu vidé, d’un coup, je ne sais pas vraiment pourquoi, un peu cloche, un peu con. Je dépose ma mallette dans le coffre et, un pied en équilibre sur le pare-choc, je passe un coup de fil à ma collègue pour lui raconter tout ça et le reste.
Ca dure un moment, je raccroche.
En levant la tête au moment de claquer ma portière, je vois Max qui fume une clope à son balcon, son portable à l’oreille, beau comme un dieu.
Je sais que j’ai quelqu’un qui m’aime à la maison et que j’aime fort aussi mais l’espace d’une seconde, je me sens infiniment seul. Et laid. Et triste. Je n’ai jamais trouvé agréable de me faire jeter. Jamais.

Les paroles de ce type, ce con d’architecte Libanais, me reviennent en mémoire. On s’était trouvé sur minitel, longues discussions nocturnes par écrit, et des heures au téléphone, puis, au bout d’une semaine, premier café dans un bar.
Il arrive, fait un tour de la salle, me regarde, me demande mon prénom. Soupire. Puis, sans même s’asseoir me lance :

- Putain, je viens de me taper 25 bornes pour ça !

Et s’en repart comme il était venu.
Deux mois à m’en remettre.

J’ai toujours essayé de trouver quelque chose d’hypocrite à dire quand quelqu’un ne me plaisait pas physiquement, au moins, pour ma part. Quelque chose de gentil, quelque chose de crédible.

Loïc, mon pote, qui draguait plus sur les parkings ou dans les bois, me raconte en riant son fameux claquage de porte au nez, à deux heures du matin, pour une fois qu’il essayait le réseau tel. Le type entrebâille son verrou, le regarde de la tête au pied et :
- Non, je crois que ça va pas le faire ! T’as l’air trop salope ! Ca me coupe tout, moi, les mecs qui font vulgaire…

Il avait entamé une analyse juste après.

J’ai le droit de le dire ?

Allez, je me lance : « Max... Je t’emmerde bien profond ! »



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