James Bond 1962/2007 (1)

Date 10/2/2007 8:30:00 | Sujet : Musique

J'ai trois passions dans la vie : les Beatles et James Bond...en sont deux.
Avant d'entamer une analyse en profondeur de chaque album des quatre de Liverpool, j'ai besoin de faire un petit échauffement sur 007.

C'est parti !

La chanson titre d’un James Bond est un exercice musical à part entière dans le métier, et ce depuis plus de quarante ans. Une vingtaine de chanteurs, de compositeurs, se sont frottés à ces quatre minutes, accompagnant le générique et ses filles nues de leur voix, de leurs paroles, de leur style.

Une chanson de Bond est comme un vin millésimé. Certaines vieillissent mieux que d’autres et deviennent des standards, d'autres sont oubliées passé l'hiver. Certaines sont dans l’air du temps et bouchonnent atrocement quelques années plus tard mais toutes ont en commun la volonté de célébrer l’espion macho le plus connu de la planète et le souhait de faire entrer dans l’inconscient collectif (anglo-saxon) un titre "aphorique" aussi puissant que ridicule : Personne ne le fait mieux, Les diamants sont éternels, Demain ne meurt jamais.

Les producteurs, depuis 1967/1968, sont régulièrement assaillis de demandes des artistes eux-mêmes qui souhaitent entrer au Panthéon des compositeurs du « Bond Thème » et, si possible, par la grande porte. On ne compte plus les (fameux) refusés dont Pulp, Alice Cooper, Blondie, KD Lang (à moitié refusée mais je vais y revenir) qui se virent obligés de changer le titre de leur maquette et de la camoufler plus ou moins discrètement sur un album, entre des compositions plus classiques. Vexés. Blessés. Scandalisés, même, parfois, lorsqu’une chanson plus faible mais interprétée par un artiste (plus) prestigieux était choisie pour les remplacer.

Titre par titre
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Le James Bond Thème, si reconnaissable à son solo de guitare n’est pas de John Barry mais de Monty Norman, et il apparaît dès 1962, pour le premier 007, "James Bond contre Dr No", le seul de la série à ne pas avoir de chanson durant le générique. La guitare électrique caractérisera dorénavant l'apparition de l'espion durant les prochains films, soulignant au spectateur qu'il se passe quelque chose sur l'écran, les mecs.

En 1963, Lionel Bart compose le très classique « From Russia with love » chanté par Matt Munro, avec toute l’emphase romantique dont il savait faire preuve pour séduire les ménagères. On en retient la base de toute production 007 par la suite : une mélodie lente, violonesque, contenant le titre du film dans les paroles (difficulté supplémentaire pour le compositeur) et un chanteur connu, envoûtant la salle pendant que de jeunes nanas à moitié nues défilent, lascives, sous des filtres colorés, une arme à la main. Tout un monde.

1964, pour la première fois, une jeune Galloise inconnue alors fait frémir le monde et la pellicule, en illustrant de façon très particulière les paroles de Leslie Bricusse et d’Anthony Newley. « It’s the kissss of deathhhh » susurre Shirley Bassey, avant d’exploser dans un finale cuivré inoubliable. Tellement marquant que les producteurs n’oublieront jamais ces trois minutes et lui demanderont de revenir chanter, par deux fois, à nouveau, le générique. La seule artiste à jamais avoir eu ce privilège. La dernière finale sur le « gold » fut si dure à obtenir qu’elle ne put la sortir que deux fois. La prise retenue pour le disque est la première. Goldfinger.

Qui, mieux que Tom Jones, pour chanter les « couilles de Tonnerre » de Thunderball, une chanson de Don Black en 1965 ? L’homme qui se faisait recouvrir par les culottes de ses fans pendant les concerts emporte tout sur son passage, nous gratifiant d’une performance (de plus) inoubliable. A noter un solo jazzy de trompette très réussi et une orchestration impeccable. Arrangements bichonnés par John Barry (alors le mari de Jane Birkin) , un de ces thèmes préférés.La dernière note est un tout petit peu pompée sur celle de Shirley Bassey deux ans avant, c’est normal, on dirait la même chanson à deux accord près, non ?



1967, Nancy Sinatra, énorme vedette et fille de, pique la place d’une copine chanteuse pour interpréter, sur des paroles de Leslie Bricusse, un des plus beaux thèmes de la série (visuellement, mélodie, interprétation) « You only live twice ». Superbe, rien à jeter. Nostalgique, émouvant, orchestration d’une rare finesse, accompagnant la guitare électrique, comme pour un hommage au 007 thème original. Un carton. Repris par Bjork et Coldplay (clic droit). C’est (bon sang mais c’est bien sûr !) cette chanson que Robbie W. a samplé pour son tube de 1998 : « Millenium ». Le pré-générique ici (clic droit)


1969, pas vraiment de chanson pendant le générique qui se permet même de faire un petit résumé des épisodes précédents. On doit attendre un tout petit peu, presque une heure, pour trouver « We have all the time in the world », dernier titre jamais enregistré par Louis Armstrong, tellement atteint par son cancer qu’il dut chanter phrase par phrase, laborieusement, la chanson.
Emouvante, elle accompagne les premiers pas amoureux de 007 et de Miss Emma Peel, euh pardon, Tracy, sa seule et unique femme, Madame James Bond. (Seul mariage catholique, on ne compte pas le mariage bouddhiste deux ans auparavant). Isabelle Aubray interprète elle aussi, en français, un titre franchement ignoble, que vous oublierez assez vite et que vous n’entendrez même pas si vous mettez la VO. C’est le meilleur des 007, le plus humain, le plus beau, si vous ne deviez en voir qu’un seul : « Au Service secret de sa majesté » avec George Lazenby. Le pré-générique ici (clic droit)
La démo inédite chantée par Lorraine Chandler.



1971, le (grand ?) retour de Sean Connery dans le smoking le plus classe de la planète, et le grand retour de Shirley Bassey par la même occasion. Elle arrache tout en deux minutes et quarante secondes, c'est du très très grand Bassey, un tube à l'époque et une entrée de plein pied dans les 70's pour l'agent Anglais. Les mauvaises langues susurrent que la plus mauvaise décade est en vue, que la chute est terrible, que les histoires sont nulles, que le futur Bond est à jeter.
On s'en fiche, en 1971, on ne veut que des diamands, car eux au moins, ils ne mentent pas, ils durent, pas comme l'amour qui lui s'en va toujours.
Et cette dernière note finale, elle la tente ou pas ? Oui, bien sûr, c'est devenu un peu son ® à elle, non ? Un classique de plus signé Barry-Black.
Pré-générique en intégralité ici (clic droit)


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