Strawberry Fields Forever (la petite histoire de la grande chanson)

Date 4/4/2006 8:50:00 | Sujet : Musique



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(Fin 1966, après trois années non-stop à courir le monde (USA- Australie – Philippines- Japon- Europe), deux films, six albums et une dizaine de number ouane d’affilées, les Beatles commencèrent à se poser les fesses et à réfléchir à ce qu’ils voulaient faire de leur vie.
De la musique.
De la vraie.
Tranquille.
En studio.)

Novembre 1966, John Lennon propose à Paul Mccartney une série de vignettes musicales, ayant pour thème leur enfance, leur quartier, leurs premiers souvenirs.
Lennon démarre sur l’orphelinat au bout de sa rue (« Strawberry fields ») et bricole autour de sa démo originale (voici la prise 1) des petites ambiances, des petites bouffées de nostalgie.
Paul, lui, mais ce sera évoqué dans un autre billet, s’oriente vers la rue d’à coté : « Penny Lane ».

Rapidement la chanson évolue et, au bout de quelques nuits de travail, se retrouve divisée en deux longs segments bien différents.
Il existe ainsi deux versions de travail, l’une lente, l’autre rapide, chacune dans une clef différente, de durées différentes. « Strawberry fields » s’impose comme le nouveau futur tube des Beatles mais, dilemme, quelle version choisir ? La plus rapide ? La plus calme ?

Lennon, toujours aussi indécis lorsqu’on lui demande de choisir (et d’éliminer une possibilité) répond simplement au producteur George Martin : « Les deux ! Je veux les deux ! ».
Celui-ci hausse les épaules devant son ignorance musicale et lui rétorque qu’il est impossible d’avoir deux chansons identiques mais différentes sur un même single. Qu’il faut faire un choix.
Lennon hésite puis, après une longue réflexion, déclare peu ou prou « J’aime le début de la lente et la fin de la rapide, tu n’as qu’à mélanger les deux ! »
Stupéfaction de George Martin qui reste seul devant sa console de mixage (une vingtaine de boutons à l’époque, une dizaine de possibilités, tout au plus) et se torture l’esprit pour trouver une solution au problème. Il faut accélerer la première partie, ralentir la seconde, accorder les voix, les tonalités, sans trahir l'intention de départ.

Bidouillant par ci, étripant par là, George Martin, la mort dans l’âme, propose début Décembre 1966 à Lennon la version définitive de « Strawberry Fields Forever », sûr que le projet ne passera pas la barrière qualitative imposée par l’auteur. Que nenni, comme bien souvent, Lennon, l’esprit en toupie furieuse, est déjà parti bien loin et accepte la chanson, qui finit en double Face A du single « Penny Lane/ Strawberry Fields Forever ».
Double Face A pour ne vexer personne, premier bide (relatif) pour le groupe qui se retrouve à la deuxième place des charts pour la première fois de leur courte carrière.

A ce jour encore, Martin parle avec dégoût de l’édit qu’il a du faire subir à la chanson, comme d’un « sore thumb » (un ongle incarné ?) à ses oreilles, la pire découpe jamais infligée à un petit chef d’œuvre.

Le moment précis où l’on peut entendre ce passage entre les deux versions se situe à 0.59 secondes du départ dans le morceau original.

Attention, pour paraphraser le spécialiste des Beatles, Mark Lewinson, une fois qu’on l’a entendu, on ne pourra plus jamais écouter la chanson de la même façon.
Etrange mais vrai.

La voix de Lennon, l’orchestration, les cymbales inversées, tout se transforme, au bout de cette première minute, en un maelström étrange et ralenti (pour la bonne cause), trip planant à je ne sais quoi, incroyable voyage musical de quatre minutes.

Voici pour vos oreilles un document rare, la prise 25, la plus rapide, avant son ralentissement par le producteur. Je la préfère de loin, on entend mieux les schlurp des cymbales inversées, les violons, le jeu de batterie halluciné de Ringo et cette voix, cette voix…
Invention du sample (entre 1.42 et 1.47), nous sommes en 1966, merde ! Ils n’ont que des bandes magnétiques, leur imagination et des heures pour découvrir les sept notes et comment les magnifier.
A 3.57, le fameux « I buried Paul » source de tant de livres sur la supposée mort de McCartney en 1966, remplacé par son sosie (comment ça, je ne vous en ai jamais parlé !)…Les autres Beatles glissant alors des indices dans les chansons pour avertir les fans de l’arnaque…Tout en continuant à travailler avec le faux Paul, qui, soi dit en passant, a fait une sacrée carrière pour un sosie !
Ce fameux « I buried Paul » n’est rien d’autre qu’un « Cranberry Sauce », comme nous pouvons nettement l’entendre sur cette version rapide.




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