Le colonel Moutarde avec le pistolet...

Date 14/4/2006 6:50:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Précision, les passages entre guillemets sont des citations directes de ma collègue. Celle que j’aime le moins, la plus xénophobe du lot. Ou du moins, celle qui a le mérite d’afficher ses opinions. J’en connais deux-trois, bien silencieux la plupart du temps, qui n’auraient pas démérité pendant les croisades.


Nous découvrons, un peu stupéfaits, que « quelqu’un » a volé l’argent du café entre lundi et mardi dernier.
La cagnotte dans laquelle « tout le monde » verse sa petite contribution hebdomadaire ou quotidienne, selon la consommation de café à la machine expresso, a disparue... Pouf ! A plus.

Nous restons tous sur le cul. D’autant que la somme était, cette fois, d’importance, plus de 100 euros, car la responsable des achats de café à Auchan, Marie-Angélique (la sous-chef de la Compta) était en vacances depuis deux semaines. Elle s’occupe du stock, des factures, de qui a payé quoi et de qui ne paye jamais assez en buvant pour quatre. Si vous faites cafetière commune dans un bureau, on se comprend, n’est-ce pas ?

Rapidement, le délégué CGP se met en chasse et décide de trouver le coupable, rien de plus simple après tout, il suffit de dresser la liste des personnes ayant travaillé ces deux journées autour de la pièce concernée. Nous sommes une douzaine à traîner dans les parages les jours maigres, une grosse vingtaine quand tout le monde se croise.

Et puisque « tout le monde » pense que Aïcha, la femme de ménage, est la responsable du vol, vu qu’elle est « Algérienne et qu’on connaît ces gens-là », le délégué CGP arrive à la conclusion qu’il faut appeler son responsable et la dénoncer.
- Absolument, absolument ! crie la meute qui entoure Jeannot, auto-déclaré nouveau Poirot de la boîte.
« On » trouve le numéro de son employeur qui se révèle être un prestataire pour la compagnie nommée sur sa blouse (première surprise) qui nous renvoie sur une petite boîte de la ville d’à côté qui nous renvoie (deuxième surprise) sur une agence d’intérim.

« Ah, elle est seulement intérimaire, elle nous l’avait bien caché, ah ah, je le savais, quand on ment sur un truc vital, on est capable de mentir sur tout. Tu connais ces gens-là ».

Notre Derrick obtient enfin la personne gérant les plannings d’Aïcha et commence à cracher sa hargne, sa colère et surtout, surtout, « sa grosse déception, parce que l’argent, madame, on s’en fiche un peu ».
Mais tout de même, 100 euros, tout de même.

Silence de la dame de l’agence qui dit qu’elle les rappelle.
Et fait mieux encore puisqu’elle débarque en voiture elle-même quinze minutes plus tard. Un planning sous le bras et un contrat de travail dans la main.

« Ils » sont un peu étonnés de la voir en vrai parce qu’au téléphone elle avait l’air normale mais figurez-vous qu’elle était noire, cette conne. Alors qu’au téléphone, on n’aurait pas dit !

V’là tipa qu’elle leur montre le planning de la semaine et qu’ils découvrent qu’Aïcha est de repos depuis jeudi dernier. Que le ménage n’est pas assuré depuis cette date car personne n’est venu la remplacer. Et qu’elle n’est donc pour rien dans toute cette histoire.

Et là, les versions de l’affaire divergent un peu. D’un avis général, « on » tend à affirmer que c’est le délégué CGP qui a traité la dame de l’agence de menteuse et de « complice des choses louches du même continent et que donc c’est normal de se protéger entre vous ».

Quelques voix, plus rares mais bien plus virulentes, et bien plus syndiquées, sont en train d’écrire un document pour raconter l’histoire, la vraie, telle qu’elle s’est passée, sur « l’odieuse agression verbale commise par une personne étrangère à la société qu’a subie un délégué chef, devant de nombreux salariés outrés d’un tel comportement. Preuve que la précarité au travail enrichit le patronat haineux et prédispose au vice, malheureusement. » Je cite de mémoire.

Bref, personne ne sait qui a chouré les sous du café, Aïcha ne viendra plus faire le ménage ici et de l'avis général, on va y perdre au change.



(C’est super con, elle offrait les makroutes maison tous les jeudis, et pas qu’un peu ! Elle n’osait pas s’asseoir avec nous pour les manger car elle disait « non, je suis payée à l’heure, je ne veux pas voler les sous des gens ».)

Histoire racontée hier par ma collègue, à la pause thé. Ma première question fut :

- Mais comment vous saviez qu’il y avait plus de cent euros dans la cagnotte ? C’est une tirelire en forme de coffre-fort et seule Marie-Angélique a la clef, non ? Qui a dit en premier qu’il y avait au moins plus de cent euros ?

Moi, le sage Chinois, face au Bourreau qui montre du doigt le coupable, il m'a toujours appris à regarder le doigt... Je sais, de la bouche d'Aïcha, qu'elle a dû travailler à la mort de son mari, pour élever ses enfants, sans parler à l'époque un mot de français et sans jamais être sortie de son appartement ! Elle avait passé plus de deux années, cloîtrée, à regarder la rue française, morte de trouille.
J'imagine, en étant sûrement loin du compte, son parcours... Et, je sais, je sens, je suis sûr qu'elle n'a rien à voir avec ça, rien.

Il y a un profil pour les petites bassesses. Et ce n'est pas le sien.



(Monsieur l'inspecteur, que les choses soient claires, je n’étais pas au bureau non plus, entre lundi et mardi)






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