Compte à rebours

Date 26/4/2006 7:50:00 | Sujet : Vie Quotidienne

Je ne l’ai pas raconté mais il s’en passe un peu des choses dans ma vie, si, si.
Vendredi dernier, un feu orange grillé devant une voiture de Police qui enclenche gyrophare et sirène. Je suis à fond dans la musique, je n’entends rien, je ne vois rien, ils me chopent au feu suivant.
Délit de fuite…
Je me suis écrasé complètement, reconnaissant le délit, m’excusant deux fois en soulignant que j’étais d’accord avec le jugement de l’OPJ.

La nana flic derrière lui était hystérique, elle allait se faire un type, et ce type, c’était moi.

Lorsque j’ai reconnu que j’avais grillé le feu orange, j’ai ajouté, en toute bonne foi « je pense même qu’il était rouge, j’en suis sûr », elle a pété un câble :
- Ne vous foutez pas de nous, hein !
- Madame, je ne me moque pas de vous, je reconnais ma faute.
- Ah, l’ironie, ça suffit !
- Madame, j’ai été élevé dans le respect des autorités, dans une famille assez stricte sur les notions d’interdit. Je n’ai pas oublié le respect de l’uniforme, de l’enseignant, des représentations de la république, lorsque le motif est valable et juste.
- Ah, ça, une andouille qui grille un feu et qui se moque de nous, le motif est valable !
- Mon grand-père est colonel de Gendarmerie. Je ne doute jamais de la parole d’une personne dans le cadre de son travail, et encore moins de ceux travaillant pour la sécurité de tous. C’est une loi familiale. Je vous en prie, faites ce que vous avez à faire.

Elle m’a jaugé. Son collègue est repassé devant :
- Vous êtes marié ?
- Non.
- Et ben avec les deux cent quarante euros que je vous fais gagner, vous emmènerez votre copine au restau ce soir. Circulez, monsieur.
- Merci, monsieur.


Dois-je le dire ?
Je pense ce que j’écris sur le respect de l’autorité, lorsqu’elle est juste et exercée pour le bien de tous. J’ai grillé un feu, je ne m’arrête pas lorsqu’on me le demande, il est possible que je sois dangereux ou qu’un gamin traverse, la plus grande fermeté m’apparaît comme une évidence dans ces situations.

Quel que soit le prix à payer pour le fautif.

En l’occurrence, je prenais TRES cher, et je ne parle même pas d’argent...

Dois-je le dire ?
Je serais noir ou arabe, je dormais en taule vendredi. Conviction intime ? Oui. Ils étaient à cran, ils étaient à quatre autour de moi, ils en voulaient, du délinquant, vraiment.
Je sentais une agressivité inouïe dans l’air, je sentais que la moindre de mes paroles, le plus infime de mes gestes, tout effleurement d’un comportement un tant soi peu interprété comme « asocial » à leurs yeux, bref, tout écart du « policement acceptable » allait les faire partir en vrille.
Ils étaient des cow-boys et j’étais… rien…
Terrorisé, par contre.
Complètement terrorisé. Je n’avais plus de genoux, je tremblais comme une feuille. Et j’ai pleuré, oui, j’ai pleuré.
Pas sur mon acte.
Non.
Je me chiais dessus de trouille. Je me sentais nu. C’est une sensation atroce que je n’avais jamais ressentie.

Il se passe quelque chose dans ce pays depuis quelques années. Le petit blanc favorisé que je suis ne le voit qu’à la télé, la plupart du temps. Lorsque cette réalité me saute à la gueule, rarement, je réalise enfin dans quoi nous sommes, vers quoi nous allons.

Je n’ai plus confiance dans la société dans laquelle je vis. Lorsque les enseignants baissent les bras, lorsque les médecins des urgences se font frapper pour ne pas avoir travaillé plus vite, lorsque les forces de l’ordre deviennent plus dangereuses que les voyous, lorsque les citoyens appellent démocratiquement au fascisme pour résoudre un problème social, un problème de pauvreté, je me résous à croire qu’il ne me reste plus qu’à éteindre le poste, à quitter la ville et à foutre le camp dans une montagne, seul, seul, seul.

Je hais le monde actuel. Il m’angoisse, il me stresse, il m’empêche de vivre sereinement.



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