Mon fils : La bataille (5)

Date 4/5/2006 6:40:00 | Sujet : Vie Quotidienne

La rencontre parents-profs se termine et la prof d’anglais range ses papiers. Elle tutoie la mère de l’adolescent, elles se connaissent, elles travaillaient ensemble. Elles se parlent, elles font comme si l’ado n’était pas là. La prof d’anglais est hargneuse, la mère subit, en silence :
- Ma pauvre Jaqueline, comme je te plains, comme je te plains !
- Je sais, je sais, nous vivons un enfer.
- Moi j’aurais un fils comme le tien mais j’aurais honte, oh oui, j’aurais honte. Tu sais que tout le monde se moque de lui en classe ? Qu’ils le singent en lui hurlant « michoubidou »…

L’adolescent gigote sur sa chaise, la mère devient livide, la prof reprend :
- Ce doit être quelque chose que tu as raté dans l’éducation, sûrement, quelque chose venant de toi, pour qu’il soit comme ça. Ca me dégoûte moi, beurk. Regarde-le. Regarde ton fils. NE T'AVISE PAS DE ME JETER UN REGARD MEPRISANT TOI !
- Regarde là comme il faut !
- Je la regarde comme elle le mérite, dit l’ado.

La baffe fuse et claque, l’ado détourne la tête mais en prend la majeure partie. La mère le menace d’une deuxième. Quelques parents ont reporté leur attention ailleurs, d’autres sont consternés. La prof conclut sur un bouquet final :
- La sexualité de ton fils, ça se soigne bien, plutôt bien, tu n’as qu’à l’envoyer dans la même école militaire que son père, pour le viriliser un peu. Ca lui apprendra ce que c’est, un homme. Il n’y a pas de pédales, là-dedans.
- Tu crois, Angelina ?
- Oui, ils vont lui faire perdre ses manières et son petit ton condescendant. Il n’y a pas de pédé, là-dedans, tu penses bien, quelle horreur.


La mère et son fils pénètrent dans la voiture. Les ceintures sont attachées, puis la mère regarde autour d’elle, sur le parking. En un instant, une pluie de coups de poing, de gifles, de doigts bien onglés labourant, en un instant, une tornade de haine et de coup s’abat sur l’ado. Qui résiste, qui hurle :
- Arrête, maman, arrête !
- Tu m’as fait honte, tu m’as fait honte, je te déteste, je t’interdis de me faire honte devant mes anciennes collègues, je te déteste, je te déteste !

Elle martèle ses mots, calmement, d’un coup de poing sur la tête supplémentaire.
Puis elle arrête, épuisée. Elle doit avoir mal, aussi, un petit peu. L’adolescent pleure à côté, elle lui a arraché une mèche de cheveux, il pleure parce qu'il a mal.

L’air savoureux, goûtu, jouissant, elle le regarde et lui annonce le classique :
- Tu vas voir ce que tu vas prendre à la maison quand ton père va rentrer, Ron Weasley, oh oui, tu vas voir ce que tu vas prendre pour avoir osé me faire honte.
- Mais il rentre que vendredi ! Il sera fatigué ! Il voudra pas me frapper, lui.
- Ne t’inquiète pas, quand je dis que tu vas voir ce que tu vas prendre, je ne le dis jamais en l’air. Je saurai lui faire comprendre comment tu nous as déçu.

Et elle avait raison, bien sûr, elle avait raison. Il arrivait lessivé, après trois semaines à courir l’Europe, il arrivait en costume et n’avait pas même le temps d’enlever sa cravate, il arrivait chez lui, à bout de nerfs, et déjà le lobbying commençait.
« Et ton fils… »
« Et ton fils… »
« Et ton fils… »
Le ton montait quand elle ne le sentait pas assez réactif, les anecdotes devenaient imaginaires s’il ne bronchait pas assez et moi, collé au parquet, en haut, je hurlais mon indignation.

Pour la faire taire, au bout d’une heure, il défaisait sa ceinture, il enlevait son alliance et il montait.
Faire son travail de père.
Quand je me roulais en boule pour me protéger des coups de plus en plus violents, il hurlait en postillonnant :
- Relève-toi, putain, t’es un homme ou une lopette ?
- Une lopette, fous-moi la paix, arrête !

Et les coups redoublaient.
L’autre en bas était satisfaite. Par ces chemins psychologiques tortueux qu’elle nous faisait gravir, elle arrivait sans encombres à ces deux événements :
1) J’étais puni à ma juste valeur
2) Elle allait se faire sauter ce soir, pour se faire calmer, elle.



Pourquoi je dis tout ça ?
Ben, nous sommes le 4 Mai !
Bon Anniversaire Maman.

Ron



Cet article provient de Ron
http://ron.infirmier.free.fr

L'adresse de cet article est :
http://ron.infirmier.free.fr/modules/news/article.php?storyid=923