Mon fils, Ma bataille (48)

Date 8/5/2006 6:00:00 | Sujet : Histoire d'en rire

...
Non, je déconne, on va pas encore se fader une histoire de bonne femme qui sait pas éduquer ses gosses et qui embête l’infirmier, hein, une de plus.
Ah, les femmes, je vous jure.
Bref.

Je me suis payé deux fois la welle en quinze jours, une honte de chez honte comme j’en vis rarement. Comme je sais que ce que je dis ici n’est pas répété, ma foi, il n’y a pas de mal à se faire du bien, nesspa ?

Vendredi dernier, j’emmène la voiture au garage pour la révision des 30.000. Le type me fait remplir des kilos de papiers, vu que c’est le véhicule du boulot, tout ça, je sors ma carte du réseau, je file mon numéro de portable, on vérifie si j’ai le droit de changer de pneu, bref, on y passe des plombes et je suis pressé de la laisser.
Plus vite ils la prennent, plus vite je repars au bureau.
Il me dit « à midi ! », je lui fais au revoir de la main et je me casse.

Même pas quatre minutes après, je vois mon portable qui sonne, numéro masqué. Je décroche :
- Allo oui ?
- Monsieur Weasley ? C’est le Garage Laffont !
- Ouiiiiiii ?
- Vous êtes au courant que le truc le plus important dans une révision de voiture, et bien, c’est la voiture ?
- Ouiiiiiii pourquoaaaaaaaaa ?
- Ben faudrait la ramener, alors.

Oh putain.
La force de l’habitude.
Je signe pour réviser la voiture, je serre la main et… je me casse avec.
Quoi ?
Ca vous arrive jamais, à vous, des moments d’absence ?



Deuxième grosse welle, ou deuxième « gette welle » si je devais vous le dire en parlant avec ma vraie bouche, parce que je parle comme ça, en vrai, l’autre jour.
Quand on me téléphone pour de la vie privée, au bureau, vu qu’on est en rez-de-chaussée et que je n’aime pas qu’on m’écoute, je sors généralement dans la cour pour être peinard.

Nous sommes entourés de bâtiments à un étage, partout, les parkings sont souvent vides, tout le quartier sent les locaux du tertiaire rarement habités.
Parfois, ma conversation s’éternise un peu et j’en profite pour me regarder dans les vitres des locaux d’à côté, qui sont super, ce sont de vrais miroirs.
Pendant que je parle au téléphone, je monte sur le trottoir, je me hisse un peu vers le mur et je me mate dans la glace.
Les dents.
Le bridge tout neuf.
Ma nouvelle ride au coin du nez (que La Marmotte m’a galamment fait remarquer, un jour, « Oh t’es chiffonné, là, c’est une marque de l’oreiller ? ». Je pars à la salle d’eau vérifier. « Non, salaud, c’est une nouvelle riiiiiiide qu’est apparue pendant la nuit ». Désespoir total pour moi, lui s’est caché de honte sous le canapé.)
Mes points noirs sur les pommettes.
Mes poils de barbe.
Un sourcil qui se fait broussailleux.

Bref, je me mate dans la glace des locaux commerciaux du parking, sans penser à mal.
Et sans penser tout court, d’ailleurs, puisque…

(Oh j’ai honte)

L’autre jour, je me regardais le fond des dents pour y trouver une carie et soudain, d’un coup d’un seul, vlatipa que la « glace » s’ouvre et se recule comme une porte qu’on ouvrirait.
Horreur ! La glace était une fenêtre !

Derrière, quatre nanas, hilares, des secrétaires me regardent, explosées.

Je fais style le mec qui savait qu’il se regardait les pores dilatés en public depuis des semaines.
Je fais style mais ça ne marche pas, elles sont pétées de rire.

Je rentre au bureau et je m’assois, rouge de honte comme un con. Ma collègue passe, quoi, une heure après et, voyant les gens attendre le bus, de l’autre côté de la glace, à trois mètres, me glisse, complice :
- Regarde-moi ce gros porc qui se cure le nez à l’arrêt. Faut vraiment être con pour pas réaliser que c’est une glace sans tain, hein ?
- Ouaiiiiiiiis.

Vous me croirez si vous voulez, j’étais persuadé depuis six mois que les gens nous voyaient de la rue. Et je faisais toujours bien attention de pas m’avachir sur mon fauteuil quand je voyais des femmes attendre le bus, genre je faisais « Oh le mec qui bosse dans le Tertiaire et qui se tient bien droit en répondant au téléphone car il est trop bien éduqué ».

Je suis un pauvre type.



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