Pas d'explication logique

Date 17/8/2007 6:00:00 | Sujet : Vie Quotidienne

- Tu le notes ?
- Oui, je lui dis, en mentalisant le numéro. 06 03 47 88 5X, ok, ok…
- T’as bien noté ?
- Ouiiiiiii euuuuuuuh ooooooh !
- Tu l’appelles tout de suite hein ?
- Ouiiiiiiiiiiiii

Impossible de mettre la main sur un stylo, bien sûr. Ma sacoche est vide et je ne porte plus de manteau depuis deux semaines. Je dois noter à tout prix le numéro qu’on vient de me donner dans le téléphone.
Je demande à la patiente si elle n’aurait pas un vieux stylo qui traîne, par hasard, elle me dit « oh oui bien sûr » et commence à farfouiner dans un tiroir.
Longues secondes qui s’écoulent.
Je l’entends pester.
Elle se retourne :
- Non, je suis désolée, je n’en ai plus, à mon âge, vous savez, des stylos !

Pas grave, je me fais ma mini ritournelle dans la tête en avalant les marches quatre à quatre… 06 03 47 88 5X, 06 03 47 88 5X, 06 03 47 88 5X… et je tombe sur la concierge, devant sa loge. Qui attend le passant descendant pour lui raconter sa vie ou le poseur de prospectus montant pour lui interdire l’entrée de l’immeuble.
Je lui souris :
- Vous auriez pas un stylo, à tout hasard ?
- Si, si, bien sûr, une seconde.

Elle se retourne et là, pile à la seconde, son téléphone posé dans l’entrée sonne. Elle décroche et commence une conversation avec enthousiasme. M’oublie complètement. J’abandonne au bout d’une longue minute.
06 03 47 88 5X.

Héhéhé, je m’en souviens encore, je me dis en arrivant à la voiture. Je m’installe, fouille dans la boîte à gants, note le numéro sur mon agenda et claque les doigts des deux mains en même temps, signe de grande victoire, yeah !
Je mets la clef dans le contact, attache ma ceinture, tord le cou sur la gauche pour vérifier si une voiture arrive derrière et, sur la vitrine du magasin de moquette en face, je lis :
01 03 47 88 5X.

Je regarde bien.
J’abandonne l’idée de déboucher de ma place.
Je reprends mon agenda.
Je vérifie le mien, de numéro :
06 03 47 88 5X.

Okédakor. Hasards et Coïncidences.

Une fois, j’ai deviné le numéro de la chambre de Paul, dans le Grand Hôtel de Cabourg. Une fois, j’ai deviné le dessin d’un tee-shirt sous un pull sans jamais l’avoir vu. Une autre fois encore, en déconnant, j’ai balancé à Victoire qu’elle avait une tête à avoir un cancer des deux seins (et elle en avait un mais elle ne l'avait encore jamais dit à personne), une autre fois, voulant faire le malin devant Régis, j'avais inventé d’avoir croisé Jean-Jacques Annaud et… il faut absolument que je vous la raconte, celle-là…

Régis travaillait dans son palace londonien, et moi, pour d’obscures raisons, je m’étais fait lourder. Régis rencontrait des stars tous les jours et faisait son malin en rentrant du boulot :
- Oh, j’ai vu Claudia Schiffer ! Oh, j’ai vu David Beckham !

Un soir, agacé, voulant faire le jack un peu aussi à mon tour, je lui cloue le bec :
- Et ben moi j’ai vu (euuuuh je cherche un nom de star incroyable et me vient seulement à l'esprit...) Jean-Jacques Annaud !
- Jean-Jacques Annaud ??
- Ouais, justement monsieur, Jean-Jacques Annaud !

Régis ferme sa gueule, nous mangeons nos pâtes en silence et je savoure mon name-dropping victorieux.

Deux jours après, je pars chez Air France changer mon billet d’avion, dans Warwick Street et je croise un type dans l’escalier, grand, cheveux bouclés blancs, la classe. Je l’arrête :
- Oh, Jean-Jacques Annaud !
Il me sourit, tranquille :
- Oui, bonjour !
Je reste un peu sur le cul mais je décide de marquer le coup, après tout, si le bon Dieu ne vient pas de m’envoyer un signe pour me faire comprendre que le mensonge, c’est mal, et que surtout, surtout, un ange gardien veille sur moi… Oh, sacré Bon Dieu, il est trop cool.

J’attaque donc le réalisateur sur mon terrain de prédilection. Et je glisse un subtil compliment :
- Vous êtes vraiment très doué dans ce que vous faites… J’ai a-do-ré… euh… euh… (Soudain le vide ultime, ponctué d’une invisible goutte de sueur perlant sur mon front, suivi d’un flash incroyable) Le Dernier Empereur ! Quels costumes ! Quels personnages ! Quelle histoire !

Je hoche la tête pour ponctuer chaque compliment. Il me regarde, un peu moqueur et, en me tapant sur l’épaule gentiment, poursuit sa route vers la porte de sortie :
- Je le dirai à Bertolucci, ça lui fera plaisir ! Bon voyage !

Je suis resté comme une quiche dans l’escalier. Généralement, je ne raconte que la première partie de l’histoire et je m'arrête à la rencontre...

Quoi, vous aimez avoir l’air con, vous ?
Bon, je vous laisse, j'ai des gouttes à prendre.


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