Chronique Ordinaire

Date 17/5/2006 17:20:00 | Sujet : Sexe

Non, je ne pardonne pas, la jeunesse n’est pas une excuse à tout.
Les gens qui m'entouraient ont su que j’étais pédé avant moi, bien avant moi, et ils me l’ont fait payer cher. Je parlais ici-même de Jean-François D. l’année dernière (autre grand connard qui m'a bien fait souffrir) mais, en ce jour un peu spécial, j’aimerais ajouter à ma longue liste des types sur qui je pourrais rouler dessus ce cher Yves.

Yves avait deux ans de plus que moi. J’étais en sixième, il triplait sa cinquième. Un vrai intello. Il mesurait déjà un bon mètre quatre-vingts, pesait dans les 80 kilos et jouait au rugby comme il aurait fait Sumo, eût-il été Japonais, en un autre endroit.

Il ne servait à rien, il était juste là pour attendre les seize ans, sortir du collège et partir aider à la ferme de son père. Des centaines de vaches dont il fallait bien s’occuper.

Il me haïssait, bien sûr.
Dès la première seconde, dès le premier regard, au moment où nos yeux se croisèrent, il se mit instantanément à vouloir ma mort.
Pas une mort pour de rire, non, pas un truc dont on menace comme ça, vaguement, pour faire peur, non, lui, il voulait que je crève. Comme la sale toune de ma race que j’étais.

Il le criait dans les couloirs, il le criait dans le réfectoire, il le hurlait dans les oreilles des rares personnes à vouloir encore me parler, il le fredonnait en envoyant valser mes livres, il le scandait en me jetant contre l’urinoir. De toutes ses forces. En plein dans la pisse.
Il riait comme une hyène. Et finissait par un bon coup de pied, dans mes côtes.

Je pleurais mais je n’allais pas me plaindre, à quoi bon, les coups auraient redoublés.

Un soir, après avoir attendu que le collège se vide bien, il m’attrapa derrière le réfectoire et me tira par les cheveux vers les toilettes. J’eus beau me débattre, hurler, envoyer des coups, il ne relâcha pas sa poigne de malade et me fit agenouiller contre les pissotières.
Un grand coup de pied dans le coccyx pour que j’avance un peu plus, et une mandale dans la gueule pour me faire taire.
Nous étions seuls.
Le collège était vide.

Il sentait la sueur, il était rouge de hargne et d’excitation, je vois encore les gouttes perler sur son front bas de dolichocéphale consanguin, perles de sueur tombant sur ma chemise.
Il me prend la tête et, d’un coup, l’enfonce dans la cuvette des chiottes, comme pour me noyer. L’eau est bien trop basse, bien sûr, et je me cogne violemment contre le rebord, à gauche, à droite, en hurlant, pendant qu’il ne relâche pas sa pression.
Il gueule :
- Bouffe la merde tafiole je vais te noyer michoubidou !
Je me débats mais, en gémissant, je me rends compte avec horreur avoir tellement bougé que ma glotte se retrouve à présent coincée contre le rebord. Ce con, à force d’appuyer, va vraiment me tuer, par asphyxie, dans les chiottes.

La douleur commence à être insupportable, j’ai l’impression que mon larynx va se casser tellement il craque, je pleure de haine et de douleur à la fois et, dans un effort surhumain, je m’appuie contre le sol et je donne un grand coup de reins.
Son pied gauche glisse dans la pisse, il perd l’équilibre et relâche la pression. Surpris, il repositionne sa main mais, trop tard, mon col de chemise a bougé d’une dizaine de centimètres. Sans réfléchir, je balance un coup de coude en arrière, de toutes mes forces et je lui écrase les couilles, violemment, puissamment.
Il hurle en silence, la bouche ronde et se plie en deux… puis tombe à genoux. En un instant, même si dans ma tête cette scène semble avoir duré des heures, je saute sur mes pieds et, en me tenant la gorge à deux mains, je lui balance des coups de pied dans le thorax, dans les bras, dans les couilles à nouveau qu’il protège de ses deux mains.

Je frappe, je frappe, je frappe, je prends mon pied comme jamais, je frappe, je frappe, je donne dix coups de pied, vingt coups de pied, trente, je ne sais plus, je ne compte pas mais je l’entends gémir, crier, demander que j’arrête, et je le vois se rouler par terre, à mes pieds.

J’entends quelqu’un arriver en courant sur les graviers de la cour. J’ai une demi seconde pour me décider. Je le regarde par terre.

Et je le fais.

Coup de pied bien pointu en plein dans sa gueule, paf, sur le devant. Je sens un truc craquer. Je le regarde. Il pleure comme une merde. Un bras puissant me tire en arrière en hurlant mon prénom.
Le proviseur. Il habite au-dessus.

Si j’en crois les souvenirs de ma mère, l’assurance a dû payer pour la dent de devant cassée et pour celle d’à côté abîmée. Je ne sais pas. Je me rappelle juste de la raclée que je me suis prise en rentrant, par mon père, cette fois, pour avoir osé attirer l’attention une fois de plus sur moi.

Au cinéma, il suffit d’une bonne correction pour calmer tous les Yves de la Terre. Vous le battez, il comprend et ne vient plus jamais vous chercher des noises.

Dans ma vraie vie à moi, je peux vous dire que j’ai payé très cher, un peu plus tard, et au centuple, ce que j’avais fait pour sauver mon cul ce soir-là. On ne tabasse pas impunément un golio, rugbyman, hétéro, fils de paysan. Surtout pas quand on est un sale pédé.
Tout se paye.

Mais c’est une autre histoire. Je remets la dalle en ciment sur le puits des mauvaises années et je file au ciné. Il y a une vie après le malheur, toujours, pour peu qu’on se donne la peine d’aller la chercher.



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